Ali Bongo redonne vie à l’éléphant blanc de l’ex-Marina de Libreville

Posté le 19 Mai 2016
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Vue aérienne de ce que devrait être le réaménagement du front de mer de Libreville

Vue aérienne de ce que devrait être le réaménagement du front de mer de Libreville

 

Décidément, la proximité d’Ali Bongo avec le pouvoir chérifien lui donne des idées. Les travaux de l’ex-Marina de Libreville, renommée la Baie-des-Rois, ont été relancés après avoir été brutalement arrêtés en juin 2014 pour cause de restriction budgétaire. Le « Champ triomphal » devrait être le symbole du « Gabon émergent » voulu par Ali Bongo Ondimba: la transformation du petit port de pêche de Libreville en une marina futuriste avec gratte-ciels, centres commerciaux et île artificielle.

Stupéfaction pour ceux qui pensaient que l’ex-Marina de Libreville était définitivement tombée aux oubliettes et rangée au rayon des souvenirs douloureux. Il n’en est rien! Une sortie à laquelle les chevaliers de l’Emergence à la gabonaise se sont refusés, tant ils n’ont de cesse de défendre ce projet gargantuesque et allégorique des forces au pouvoir. Voilà que trois ans après le lancement du chantier dont le coût avait été estimé à 450 millions de dollars (environ 225 milliards de francs Cfa), le chantier est à nouveau à la une du programme de fin de course du pouvoir sortant. Une reprise qui pourrait étonner de nombreux gabonais face aux aveux du ministère du Budget, qui avait affirmé avoir commis une erreur d’appréciation, estimant qu’un tel projet ne peut être financé uniquement sur fonds propres. Trois ans après cet argumentaire, voilà qu’Ali Bongo décide de la reprise des travaux alors même que la bâche présentant la maquette du projet a disparu. Le Champ Triomphal Port-Môle va donc renaitre de ses cendres….

Pour mener à bien lesdits travaux qui devront durer 10 ans, soit une période de deux mandats présidentiels, Ali Bongo a fait appel, une fois de plus, à la société chinoise China Harbour Engineering Company Ltd, avec laquelle il a signé, hier, à Libreville, un accord-cadre pour la mise en place d’un partenariat des travaux d’aménagement et de développement du projet, afin d’ériger au nord de la zone les premiers terrains constructibles du premier polder d’Afrique centrale. Faut-il rappeler que c’est la société CHEC Ltd qui avait, il y a trois ans, retiré le gros de sa main-d’œuvre avant même l’arrêt officiel des travaux.

Mais, cette fanfaronnade médiatique doit aujourd’hui faire place au pessimisme, aussi bien des émergents que des populations. Encore que, selon un post noté le 18 juillet dernier, mais aujourd’hui retiré du compte Facebook de Marc Ona, le Gabon devrait environ 15 milliards de francs Cfa à la CHEC Ltd, la société chinoise adjudicataire de ce marché. On en vient donc à se poser de multiples questions : comment un pays dont la situation économique est peu reluisante peut-il envisager mener à terme un projet ayant fait l’objet d’une étude de faisabilité et d’un coût de 58,8 milliards de francs Cfa pour sa première phase?

Reculer pour mieux sauter diront les émergents. Dans tous les cas, cette situation donne davantage du crédit aux détracteurs d’Ali Bongo, qui lui, multiplie les tentatives de séduction et les sorties médiatiques. Si Ali Bongo est tant préoccupé par les éléphants blancs qui pullulent dans la ville, que dire de l’état des routes et des voies secondaires ? Même les voies, autrefois entretenues et praticables, des quartiers dits résidentiels à l’instar de Glass, Damas ou Louis, sont devenues en un temps record, des pistes d’éléphants où des nids de poules et autres crevasses dictent leur loi. Que faire aussi de toutes les promesses spécifiques aux besoins fondamentaux : hôpitaux, eau et électricité, écoles, amélioration du niveau de vie ? Surtout que la conjoncture actuelle est défavorable. Des multinationales et PME gabonaises, notamment dans le secteur du BTP, éprouvent aujourd’hui des difficultés de gestion car elles n’ont pas été payées depuis de nombreux mois.

En tout cas, en dépit de tous les réaménagements qui sentent l’opération électorale à plein nez, effectués par Ali Bongo, le peuple gabonais n’est plus dupe. Il saura, le moment opportun, faire entendre sa voix.

Aria Starck

 

Article publié le 19 Mai 2016

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