CEMAC-UE : Une Ong allemande demande aux pays de la Ceeac de ne pas signer l’Accord de partenariat économique

Posté le 22 Fév 2016
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Du plomb dans le mariage économique CEMAC-UE

La fondation allemande Friedrich Ebert Stiftung n’est pas allée avec le dos la cuillère. Lors de l’atelier de présentation du rapport qu’elle a commandé à l’entreprise de conseil basée au Cameroun « Prescriptor », sur l’accord de partenariat économique (Ape) entre les pays de la communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Ceeac) et l’Union européenne (UE), organisé le 16 février 2016 dans un hôtel de Libreville, la fondation Friedrich Ebert Stiftung, et son consultant ont clairement demandé aux pays de l’espace Ceeac de ne pas s’engager dans ce processus qu’ils ont présenté comme un contrat léonin, voir un dole. L’Europe, face à la concurrence des pays asiatiques notamment la Chine en Afrique, assure le directeur général de la firme « Prescriptor » Babissakana ne recherche via l’Ape, qu’à « s’approprier l’exclusivité commerciale sur le marché de la Ceeac, sans concéder un quelconque avantage économique en échange à ses pays. L’Ape étant un accord uniquement commercial et non un accord d’investissement ou de financement comme les européens tentent de le faire croire à l’opinion africaine ». Au regard du niveau différent de développement entre l’Europe et la Ceeac « un accord commercial de ce type sera toujours exclusivement à l’avantage de l’Europe. Les produits fabriqués en Afrique même exportés sous le régime de l’Ape, ne peuvent pas concurrencer les produits fabriqués en Europe sur ce marché. Ils ne peuvent pas non plus concurrencer sur le marché Africain, les produits fabriqués en Europe » conclura-t-il.

Pour Susanne Stollreitter la représente résidente de la fondation pour l’Afrique centrale basée au Cameroun « …. La plupart des relations économiques entre les pays de l’Afrique centrale et l’Europe sont le résultat des liens historiques entre les anciens colonisateurs et leurs anciennes colonies. Après l’indépendance de ces pays, il est difficile pour les anciens colonisateurs de renoncer  aux anciennes attitudes d’exploitation et de garantir un commerce entre partenaires égaux. Aujourd’hui on trouve encore beaucoup de vestiges de ces anciennes relations dans les économies africaines. » C’est parce que les Ape sont basées sur ce principe que cette fondation qui s’est donnée pour mission « la promotion d’un commerce équitable dans le monde », appelle les pays de l’espace Ceeac à renoncer à ce processus. Seul regret, l’absence d’un représentant de l’Union Européenne à cette rencontre pour soutenir contradiction.

L’Ong allemande s’est voulue pragmatique dans sa démarche en produisant une étude très détaillée sur les avantages et les inconvénients de ce nouvel accord pour la zone. Elle s’est attaché pour cela les services d’un cabinet indépendant « Prescriptor », reconnu pour ses prises de positions très documentées au Cameroun sur les Ape. D’ailleurs son président Babissakana, qui a fait le déplacement de Libreville pour présenter ce rapport dont il a coordonné la rédaction a été très claire. « Nous avons accepté de mener cet étude uniquement parce qu’elle s’inscrivait dans la logique de notre stratégie d’entreprise qui est de contribuer activement à l’accroissement quantitatif et qualitatif des technologies en Afrique. Un APE équilibré, pouvait être un important levier de cette stratégie ».

En se basant sur le cas du Cameroun, unique pays actuel de la zone Ceeac à avoir signé cet accord avec l’UE, « Prescriptor » recommandent aux pays de la sous-région Afrique centrale d’opter plutôt pour un régime commercial dit « Régime de la Nation la Plus Favorisée ». Contrairement à l’Ape, ce régime est plus approprié « pour une véritable stratégie d’émergence économique, de compétitivité et de développement industriel des pays d’Afrique centrale » indique le consultant. Ce régime commercial en effet, est celui qu’impose l’organisation mondial du commerce (OMC) à tous les Etats pour obtenir un marché mondial de libre-échange. Babissakana pense que les pays de la sous-région ont plus intérêt à appliquer un régime commun à tous les Etats dès maintenant. A l’image du Gabon qui commerce sous ce régime depuis 1er janvier 2014. Car, il permet aux entreprises de la zone d’avoir comme référence en termes de compétitivité le marché mondial. Le régime dicté par l’Ape ne les prépare très mal à la compétition mondiale dans un contexte ou l’OMC pousse irréversiblement vers « l’érosion des préférences tarifaires ».

« Prescriptor » se base sur des faits concrets pour appuyer sa conclusion. Notamment l’analyse des effets bénéfiques et les coûts de l’Ape à l’horizon 2030 pour le Cameroun. Le consultant constate que la signature de l’Ape va se traduire pour le Cameroun au creusement du déficit de la balance commerciale. Ce pays en dehors de la banane, ayant très peu de produit à échanger en volume et en valeur avec l’Europe. Tout comme cela se traduira par l’éviction des produits industriels nationaux sur le marché camerounais moins compétitifs par rapport aux produits manufacturés en Europe. Le budget du Cameroun enregistrera une perte de recette douanière énorme. Face à cela les avantages tirés de l’Ape à savoir « l’expansion des échanges, la création du commerce et le bien-être (surplus des consommateurs) » ne pèsent pas lourd.

C’est pour ne pas étendre cet erreur à l’ensemble de la sous-région que le consultant interpelle Ali Bongo Ondimba à qui ses pairs avaient donné le mandat lors du dernier sommet des chefs d’Etats de la Cemac tenu l’année dernière à Libreville, de mener un leadership dans cette négociation avec l’Europe de réaliser au moins deux études critiques avant toute signature. L’une portera sur « l’évaluation de la viabilité économique et sociale (avantages/coûts) du projet Ape régional à l’horizon 2030 ou 2035. L’autre sur l’évaluation des alternatives à l’Ape régional ». Il ne fait guère de doute pour le consultant et la fondation, que des telles études aboutiront aux mêmes conclusions d’abandon d’APE Régional que les leurs.

 Jean Michel Sylvain

Article publié le 22 Février 2016

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