EDITORIAL : « C’est la fin !»

Posté le 29 Mar 2016
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Désiré Emane

Par : Désiré Emane

Fait unique dans l’histoire politique du Gabon multipartite : L’Union nationale décide, en conclusion des travaux de son premier congrès de se mobiliser pour ôter la couronne à sa petite majesté tropicale, Ali Bongo Ondimba. Cela, alors qu’on s’attendait à la désignation du candidat à la candidature du FRONT, un des objectifs de ce congrès. L’Union nationale opte ainsi pour la voie de la fermeté, de la détermination et de la cohérence.

La cohérence par rapport à la ligne du 19 juillet 2014 où, bien qu’encore dissous, les leaders de ce parti conditionnaient la clarification de l’état civil de sa petite majesté tropicale à la participation aux élections présidentielles cette année. Dans le cas contraire, la voie de la destitution était la seule envisageable. Cette option, la destitution, deviendra du reste un préalable dans les statuts du FRONT (article 3). Cohérence par rapport à la décision de l’union sacrée qui a vu le jour jeudi 24 mars dernier. Cette union sacrée s’est fédérée autour d’une décision fondamentale : empêcher la candidature de sa petite majesté. Aussi, rend-elle caduc tout projet de participation aux élections dans sa forme actuelle.

Certains disent que l’un n’empêche pas l’autre. Consentons-y. Mais à l’opposé, toute candidature vient aussi relativiser l’objectif fixé. Admettons-le aussi. Si le choix des candidats n’empêche pas la lutte, il est à craindre aussi que toute résistance d’Ali Bongo contraigne à la longue, à baisser la garde, et à plonger pieds et poings liés dans son projet. Ce qui voudrait dire aller aux élections avec lui malgré son statut de « SPF –sans papier fixe- » avec au finish la réalité que dans une élection avec son mode opératoire, il ne peut en sortir vaincu. C’est incontestablement ce qui adviendrait.

Doit-on cependant se conformer au calendrier électoral ? Nous disons OUI. Sans ambages. A ce qu’il nous semble, la posture de l’Union nationale et par extension celle de « l’union sacrée », est parfaitement conforme au calendrier constitutionnel. La position défendue n’est pas de dire que les élections ne se tiennent pas. Elle est d’affirmer la régularité constitutionnelle.

La Constitution de la République n’est pas un accessoire que l’on peut utiliser au gré des convenances personnelles. Selon que ça arrange ou pas. C’est la mère des lois. En cela elle est sacrée. La déclaration d’Ozouri de sa petite majesté tropicale ne lui donne aucune possibilité de matérialisation à la lumière de l’article 10 de la loi fondamentale. Car, sans acte de naissance clair, comment entend-il y prendre part ? Or, il a lui même installé une cacophonie dans l’histoire de son état civil. Confortant les uns et les autres dans leur for intérieur que d’état civil, il n’en a point. Comment prouve-t-il devant les institutions de la République qu’il est net selon l’article 10 ? Quelle est la réalité à ce jour ?

En 2009, une transcription ex-nihilo, n’en déplaise au procureur de la République du Tribunal de Libreville, produite par le maire Serge Williams Akassaga. Deux faux reconnus comme tels par le Parquet de Nantes (Lettres du Procureur de la République du Tribunal de Grandes Instances de Nantes des 02/02 et 19/02/2016) dont un publié par Le Monde.fr, et l’autre sorti des archives de Nantes. En plus d’être des faux, il ne s’agit que de déclaration de naissance signée d’Albert Bongo et pas d’un officier d’état civil de l’Afrique équatoriale française (AEF). Dans ce mélimélo, L’Union nationale ne peut que se conformer jusqu’au bout aux exigences de la Constitution.

Sur un autre plan. Tout joue contre lui et son monde, qui viennent de mettre un pays à sac. S’appuyant sur les statistiques de la Banque mondiale et de l’OCDE, L’UN révèle que 39% de la population gabonaise vit en dessous du seuil de la pauvreté extrême. 60% dans une pauvreté relative. Le chômage touche 30% des jeunes. Paradoxalement, le Gabon, sous sa petite majesté, a traversé son ère la plus prospère en termes de recettes pétrolières. De son côté, Raymond Ndong Sima a résumé le malaise économique à travers 22 questions. Il a demandé : « Les femmes ont-elles accouché dans de meilleures conditions ? Ces enfants ont-ils bénéficié de meilleurs soins ; Et nous tous, la population, avons-nous eu accès à de meilleurs soins ? Les enfants ont-ils trouvé plus d’espaces et de centres d’accueil dans les crèches, les haltes garderies ? Ont-ils trouvé plus facilement des places dans les écoles primaires ? Ont-ils trouvé des écoles primaires plus près de leurs maisons ? Leurs ainés ont-ils eu plus de place dans les collèges et les lycées ? Ont-ils été dans des salles de classe moins bondées, mieux équipées ? Les universités et écoles nous ont-elles offert de meilleures conditions d’études ? Les niveaux de redoublement ont-ils diminué ? Les étudiants ont-ils bénéficié d’un meilleur soutient financier pour terminer leur formation ? Etc. » Conjuguant les paradoxes, sa petite majesté est venu proposer l’égalité des chances après l’échec sur les politiques égalitaires.

Dans son camp, il a été marginalisé.  Le groupe Héritage et Modernité vient de récupérer le Parti démocratique Gabonais (PDG) et entend le réformer de fond en comble sous peu. Plus loin, ceux qui l’ont fait roi dans l’Hexagone ont définitivement acté de la nécessité de son départ (Lire l’ITW de Robert Bourgi). En définitive, sa petite majesté Ali Bongo Ondimba est le seul à ne pas comprendre que la terre s’est dérobée sous ses pieds. Et que la dernière ligne de l’épilogue de son passage au forceps à la tête du Gabon s’est écrite. Et on y lit : « C’EST LA FIN ».

Article publié le 29 Mars 2016

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