FORUM : Ali Bongo Ondimba devrait partir, de lui-même, sinon gare au pire…

Posté le 08 Fév 2016
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ALI ET HOLLANDE

François Hollande s’efforçant visiblement à convaincre Ali Bongo à prendre la porte

Par : Stephen Jean Landry

Il devrait partir et ne pas nous conduire au pire. Nous sommes désormais à plus de trois actes de naissance. Celui de 2009, qui n’a pas été retranscrit à la bonne mairie, celle du 1er arrondissement de Libreville. Un faux. Celui que le quotidien français « Le Monde » fit paraître dans ces colonnes, officiellement établi à Brazzaville, n’est même pas signé, entre autres irrégularités, par l’officier d’état civil, pourtant mentionné sur le document, Dominique Ngalakanda. Détail de taille, Me Moutet nous rappelle que le sieur Ngalakanda ne se trouvait pas à Brazzaville à cette période-là. Encore un faux. Ce qui a d’ailleurs fondé l’exigence d’Onaïda Maïsha Bongo Ondimba auprès du tribunal de Nantes pour la production de l’acte naissance complet d’ABO. Et l’acte de Nantes, désormais en possession de Me Moutet, vient contredire tous les actes précédents. Tout particulièrement celui utilisé pour se présenter à la présidentielle de 2009. Auxquels il faut bien y rajouter ce que sa petite majesté avait eu à produire au temps béni et hors la loi d’Albert-Bernard Omar Bongo Ondimba. Cela en fait au moins quatre. Manifestement, les pistes pour authentifier sa nationalité gabonaise d’origine s’avèrent être, toutes, des voie sans issue.

Le porte-parole du pouvoir, Alain Claude Bilie By Nze (ACBBN), très mal placé pour donner des leçons à la presse indépendante, a présidé, sur le thème « Quand les médias créent la paix », une conférence internationale organisée par l’Institut des Nations unies pour la formation et la recherche (Unitar). Et, à en croire le quotidien gouvernemental « l’Union », l’intention de la communauté internationale vise à prévenir et à « limiter les débordements de la presse, alors que le Gabon amorce sa période électorale ». Attention on ne peut plus louable, quand on sait ce qui s’est passé sous d’autres cieux africains. Toutefois, on peut raisonnablement douter de l’efficacité de cette nouvelle messe sur la responsabilité des médias. Et, cela, pour au moins deux raisons.

La première est rattachable à la posture de forteresse assiégée qu’adopte le pouvoir depuis bientôt 50 ans. Les journalistes gabonais indépendants et même certains des médias publics qui ne veulent pas se contenter des seules communications policées de l’ampli du pouvoir, ACBBN, n’y ont pas accès. Ils sont donc contraints de « bombarder » les fortifications afin de les lézarder et de profiter des « fuites » par lesquelles, parfois, suintent quelques secrets du système Bongo. Assassinés, soumis à l’exil, torturés, emprisonnés, intimidés, et parfois même livrés par leur propre Etat à d’autres chefs d’Etat de la sous-région, comme à ceux du Cameroun et du Congo, c’est bien souvent à leurs risques et périls qu’ils font ce travail.

La seconde raison, et c’est une évidence, c’est que la préservation de la paix au Gabon, en cette année électorale 2016, ne dépendra pas des journalistes, mais d’Ali Bongo Ondimba. Ce dernier est, le premier, conscient qu’il lui est devenu quasiment impossible d’apporter quelque clarté et de gagner une once crédibilité sur la question de sa naissance. Il ne dispose donc, en la circonstance, d’aucune voie légale qui puisse le conduire à la tête de l’Etat. Il ne peut que travailler à habiller juridiquement le coup de force qu’il ne peut que nous préparer. Pour tenter de faire avaler la pilule à la communauté internationale. Et l’appareillage politico-administratif de sa petite majesté a su faire montre de docilité. A moins de s’être bouché les oreilles à l’émeri, ni la Cenap, ni la Cour constitutionnelle ne peuvent oser prétendre n’avoir rien entendu de ce qui s’est dit et fait au Gabon sur la question : Luc Bengono Nsi en 2009,le Front le 13 novembre 2014 à Libreville et le 22 novembre de la même année à Port-Gentil, le mouvement « Article 10 », l’acte dénoncé issu de l’illégale transcription du 3e arrondissement de Libreville estampillé « faux » par sa petite majesté elle-même qui, sous la même caractérisation, inscrivait aussi le document paru dans «  Le Monde ». Et Nantes, pour Me Eric Moutet, l’avocat d’Onaïda Maïsha Bongo Ondimba, n’a pas dérogé à la règle de l’apocryphe.

L’opposition gabonaise, qui a déjà fait, mais peut-être pas assez, la communauté internationale également, ne sauraient faire l’économie de la réflexion sur le danger que représentent pour le Gabon les constants appétits de sa petite majesté pour le pouvoir. Et la présence d’ABO au prochain scrutin représente justement le déclenchement du pire. A elle toute seule, l’officialisation de sa candidature sera l’étincelle qui pourrait mettre le feu à la plaine. Un casus belli. Car, en se représentant, ABO délégalisera l’accès à la magistrature suprême dans notre pays. Le Gabon entrera dans une zone de non droit.

Le Burundi est en train de dégringoler au fond du précipice. Tout a commencé avec la multiplication des violences dès l’annonce de la candidature de Pierre Nkurunziza en avril et sa réélection en juillet. Manifestations de rue, coup d’Etat manqué, rébellion armée. 400 morts et 230 000 déplacés. Et, aujourd’hui, le président burundais rejette tout dialogue inclusif, tout effort de médiation, et l’envoi d’une force africaine.

Faut-il attendre que ce qui est prévisible arrive pour s’en préserver ? Ou alors ne serait-il pas plus sage de prévenir le danger que de guérir les maux qui, parfois, peuvent s’avérer incurables.

Malgré ce que le pouvoir et ses thuriféraires, partisans du « tout va bien Mme la Marquise », clament à la communauté internationale, le Gabon est bien en crise. En français facile, tout va mal partout au Gabon. C’est cela la crise. Sa petite majesté et ses gens font, eux, dans le déni total. Au contraire, ils refusent tout dialogue inclusif et se préparent à la guerre.

Ali Bongo Ondimba devrait partir. Mais, comme le canard qui regarde la poule que l’on s’apprête à égorger, ABO scrute avec beaucoup d’attention les difficultés que la communauté internationale rencontre dans ses multiples tentatives pour neutraliser le président Pierre Nkurunziza.

Comment faire partir un chef d’Etat qui conduit inéluctablement son pays à l’affrontement ? Nkurunziza l’y a déjà installé. ABO est en train de l’y conduire.

Article publié le 08 Février 2016

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