FORUM : Les semonces de sa petite majesté à Oyem

Posté le 04 Avr 2016
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La paix au Gabon synonyme de bongoïsme

ali réligion

Ali Bongo face au clergé Catholique à Oyem

Par : Stephen Jean Landry

L’habitude est désormais solidement ancrée chez les Gabonais. Ils savent que tant que les Bongo sont au pouvoir, notamment entre deux élections présidentielles, la « paix » règne au Gabon. Dès que l’on s’approche d’une élection présidentielle, c’est-à-dire d’une alternance possible, de la fin des Bongo au pouvoir, pour Omar déjà et maintenant pour Ali, tension et inquiétude montent, ils entendent partout des « voix de haine » qu’ils sont souvent les seuls à entendre, et « la paix » est menacée. Ce qui est bien différent de la majorité des Gabonais qui, eux, appellent ces temps des périodes de changement possible, et espèrent à chacune des élections présidentielles qu’elle sera la bataille finale, que le moment est peut-être celui qui mènera à l’alternance dans le pays, à la fin de la monarchie des Bongo.

Chez les Bongo, ce n’est pas tout à fait la même chose. Pour Omar Bongo tout comme pour son successeur, la recherche de l’alternance par les Gabonais revient à mettre en danger la paix au Gabon. Mais, finalement, la paix au Gabon, c’est quoi ? Nous avons tenté de répondre à cette question en remplaçant dans le sermon de sa petite majesté le 27 mars dernier à Oyem le mot « paix », employé au moins une vingtaine de fois, par les expressions : « le règne des Bongo », « le bongoïsme », ou « le système Bongo », etc. Et, alors, miracle, tout s’éclaire ; on comprend ainsi beaucoup mieux ce que sa petite majesté cache derrière le mot « paix ». Quasiment du subliminal. C’est vrai, la paix, quel fou peut s’y opposer ? Toutefois, si « paix » dans la bouche de sa petite majesté signifie « règne éternel des Bongo », cela donne une toute autre dimension à la communication d’ABO destinée aux Oyemois et à l’ensemble des Woleuntemois. Parcourons donc le vrai sens du sermon d’Oyem !

  1. C’est ainsi que pour ABO « depuis des génération en effet, les croyants de toutes les confessions vivent en bonne intelligence «sous le règne des Bongo ».
  2. « C’est grâce à la tolérance [des Gabonais] que nous avons pu établir un climat «bongoïste » et de stabilité ».
  3. Le «bongoïsme » est une immense grâce que nous devons préserver pour nous-mêmes et nos enfants ».
  4. « Le Gabon jouit des bienfaits du « règne des Bongo».
  5. « Si nous prenions le temps de jeter un regard sur les souffrances et affres que subissent de nombreux peuples, nous pourrions mieux comprendre l’intérêt et la nécessité de préserver «les Bongo ».
  6. « L’inclusion est le fondement de la tranquillité, « du bongoïsme » dans les cœurs, du « système Bongo » entre les citoyens et, en définitive « du règne des Bongo »dans toute la nation ».
  7. Utilisant les mots d’un grand penseur chrétien, sa petite majesté affirme : « nous devons tous être des instruments «  des Bongo».
  8. «Je sais combien ces valeurs de confiance, de compassion, de pardon sont indispensables à la préservation du « bongoïsme » sur nous tous ».
  9. « Je m’associe à eux [Omar Bongo Ondimba et Léon Mba ndlr] pour dire que nous ne construirons notre pays que  sous  « le règne Bongo».
  10. « Nous devons rejeter tout discours fondé sur l’exclusion [faire partir les Bongo] pour embrasser l’inclusion [la résignation face aux Bongo ndlr], seule voie pour un Gabon  « bongoïste ».
  11. « Un objet auquel nous étions attachés vient-il à nous manquer, son absence devient pour nous l’occasion de nous rendre compte combien nous l’aimions » Ainsi en est-il du « règne des Bongo».
  12. « L’intolérance appelle l’intolérance, la haine appelle la haine, «le bongoïsme » appelle « le bongoïsme ». Faisons ensemble le choix du «  bongoïsme » pour notre pays ».
  13. « En septembre 2012, devant les chambres du Parlement réunies en Congrès, j’avais appelé l’attention des parlementaires et de la Nation sur l’impérieuse nécessité de rejeter la haine et l’urgence de préserver « le règne des Bongo».

Finalement, ce n’est plus un sermon, ce sont des coups de semonces. On se demande bien pourquoi. Alors que, comme il le confirme, lui-même, en début d’allocution, « une fois de plus, le Grand Nord n’a pas dérogé à sa tradition d’hospitalité et d’accueil enthousiaste », pourquoi être venu tenir un discours plutôt menaçant à l’endroit des populations d’Oyem et du Woleu-Ntem ? Par ailleurs, ABO affirme s’être rendu à Oyem sur invitation de son « ami » Mgr l’Archevêque d’Oyem  Jean Vincent Ondo Eyene, mais dans le même temps, il avoue être « venu à Oyem…pour manifester à nouveau  cette tolérance [religieuse ndlr] qui ne doit jamais nous quitter ». Au bout du compte, nous comprenons qu’il a, en fait, atterri au Woleu-Ntem pour mettre en quelque sorte les choses au point. Et les 13 extraits que nous avons sélectionnés pour vous traduisent mieux les véritables motivations et intentions du séjour de sa petite majesté dans le septentrion. Il est venu demander aux Woleuntemois, dans une allocution où il est question de « paix » à tout bout de champ, de faire allégeance, sinon « l’intolérance » appellera « l’intolérance », « la haine » appellera « la haine ».  C’est ce qu’on appelle, à quelques encablures de l’échéance électorale, des coups de semonces. L’interprétation est limpide.

Article publié le 4 Avril 2016

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