FORUM : L’inquiétante réponse du président de la Cenap sur Rfi

Posté le 29 Fév 2016
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RENE ABOGHE ELLA

Le controversé René Aboghe Ella, président de la Commission électorale nationale autonome et permanente, Cenap

Par : Stephen Jean Landry

 René Aboghe Ella, véritable homme invisible et inaudible sur les médias gabonais, s’est confié au micro d’Alain Foka, merci encore M. Foka, à propos des dossiers de candidatures à la prochaine élection présidentielle au Gabon. Une intervention qui, dans un contexte où la question de l’acte de naissance  d’Ali Bongo, sa petite majesté, échauffe l’actualité politique gabonaise, ne peut qu’être décryptée au rayon x. Réécoutons le très taciturne président sur  la radio internationale française : « Nous allons examiner les dossiers de tous les candidats conformément aux dispositions de la loi et nous allons voir les pièces listées par la loi et la décision sera prise, non par le président Aboghe Ella, mais par l’assemblée plénière de la Commission électorale qui comprend à parité la majorité et l’opposition». Manifeste, la préoccupation première du président de la CENAP, Aboghe Ella, consiste d’abord à mutualiser les responsabilités individuelles. L’argument, plus spécieux que légal, lui permet ainsi de diluer la sienne dans une répartition quasi égalitariste des responsabilités des uns et des autres. Toutefois, une expérience de 10 ans avec les différentes commissions électorales – CNE/CENAP – a rendu les Gabonais plus dubitatifs, plus attentifs et plus méfiants, vis-à-vis du pouvoir. D’autant qu’ils ont pu établir qu’au sein de ces commissions, le pouvoir y a toujours été statutairement majoritaire. Les représentants de la majorité, et les présidents Nkoulou Ondo, Nguema Essono, et le président en fonction de la CENAP, Aboghe Ella, nommé lui aussi par Omar Bongo Ondimba, et resté fidèle à sa petite majesté, ont toujours été politiquement solidaires et invariablement penché du même côté. Comme la Tour de Pise, raillent les Gabonais désabusés mais pas amphitryons. Et cette configuration de la CENAP actuelle du bureau national de la commission règne jusqu’à sa plus minime déconcentration. René Aboghe Ella, c’est su, ne peut convaincre sur sa neutralité ou impartialité politique. Il aurait été remercié depuis. Et le pouvoir, depuis Omar Bongo, s’est toujours efforcé de cloner politiquement le patron de la commission jusque dans les coins les plus reculés du Gabon. Contraint de se dédouaner de ses implications évidentes précédentes pour renouveler le pouvoir-Bongo, et appréhendant d’être sur le banc des accusés à ce tribunal de l’Histoire où les Gabonais se transformeront en d’impitoyables créanciers politiques, Aboghe Ella veut faire croire que la validation du dossier d’Ali Bongo sera un acte consensuel entre la majorité et l’opposition. Inexact. L’opposition qui a fait de l’acte de naissance un cheval de bataille ne pourra que s’opposer à la validation dudit dossier. Et alors on passera au vote. Et l’avantage statutaire dont dispose le pouvoir, et qui n’aura même pas besoin de corrompre, jouera en sa faveur. Autrement dit, la petite phrase d’Aboghe Ella dans l’émission « Le débat africain » n’est pas de nature à rassurer sur la question. Les Gabonais devraient s’attendre à la réédition des mêmes procédés.

Pire. Dans la hiérarchie des normes, le droit vulgarise le fait qu’au sommet trône le  « bloc de constitutionnalité » (la Constitution) suivi du « bloc de conventionalité » (les Conventions et Traités), et à l’étage suivant le « bloc de légalité » (les Lois), norme juridique au niveau de laquelle se situe la CENAP dont les décisions, plus précisément les arrêtés, doivent se conformer à l’ensemble des règles en vigueur, de l’étage au-dessus, ayant une force supérieure dans la hiérarchie des normes, ou du moins être compatible avec ces normes. La négation de ce principe est non seulement source de désordres juridiques mais, surtout, de perpétuation, au Gabon, d’un même régime et d’un même système, la dictature des Bongo.  Or, c’est bien ce que nous annoncent les propos d’Aboghe Ella.

En effet, relisons cet extrait de l’article 10 de la Constitution : « Sont éligibles à la présidence de la République, tous les Gabonais des deux sexes jouissant de leurs droits civils et politiques, âgés de quarante (40) ans au moins ». Imaginons un seul instant qu’un Gabonais, n’ayant pas lu l’article 10, dépose son dossier de candidature à la prochaine présidentielle alors qu’il n’a que 39 ans ! Peut-on concevoir que, comme le suggère Aboghe Ella, « nous allons voir les pièces listées par la loi et la décision sera prise, non par le président Aboghe Ella, mais par l’assemblée plénière de la Commission électorale qui comprend à parité la majorité et l’opposition ». Ce qui serait, somme toute, illégal et anticonstitutionnel, dans la mesure où la Constitution dit « quarante (40) ans, au moins ». Ces dispositions ne souffrent aucune discussion, aucun consensus, ni aucun vote. Dura lex, sed lex.

La question de l’acte de naissance risque d’obéir aux mêmes traquenards, comme nous y prépare Aboghe Ella. Celles des manigances habituelles du pouvoir qui, pour la forme,  soumettra, sur un parcours balisé et contrôlé par lui, cette question à un consensus qu’il sait impossible pour, ensuite, but recherché, aboutir à un vote truqué qui validera le dossier de candidature de sa petite majesté. Or, les termes de la Constitution interdisent la moindre méprise : « Toute personne ayant acquis la nationalité gabonaise ne peut se présenter comme candidat à la présidence de la République. Seule sa descendance ayant demeuré sans discontinuité au Gabon le peut, à partir de la quatrième génération. Les modalités d’application du présent article sont fixées par une loi organique. » Dispositions qui imposent, et tout le monde le comprend bien, qu’il y ait, dans le dossier de candidature, un document qui certifie le fait que le candidat est Gabonais de naissance ou qu’il appartient à la quatrième génération d’une « descendance ayant demeuré sans discontinuité au Gabon ».  Ce document, c’est l’acte de naissance. Et, sa petite majesté en détient quatre (4). Lequel est vrai ? Sont-ils tous faux ? Comment Aboghe Ella compte-t-il éviter cette palabre ?

Un juriste gabonais connu, qui aura l’occasion d’intervenir dans nos pages à visage découvert sur la question, corrobore nos préoccupations en prenant le cas d’école d’un étranger qui ambitionnerait de présenter sa candidature à la prochaine élection présidentielle au Gabon. D’office, soutient-il, la CENAP ne pourra que rejeter son dossier. Car anticonstitutionnel. Aucun consensus, aucun vote de la commission électorale n’y pourra légalement rien changer. Comme pour l’acte de naissance qui est la seule pièce qui permette de prouver la conformité d’une candidature avec l’article 10 de la Constitution.

Avec Pacôme Moubele Moubeya et le président de la CENAP, la fraction bongoïste de l’administration de sa petite majesté vient de dévoiler ses préparatifs de fraude. Les déménagements du ministère de l’Intérieur vers Akanda et de la CENAP pour la Cité du 12 mars sont révélateurs de ce qui se prépare. Comment les Gabonais, eux,  s’y préparent-ils ?

Article publié le 01 Mars 2016

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