FORUM : L’opposition « sèche » la séance photo avec sa petite majesté

Posté le 18 Avr 2016
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ALI APPEL

Le rire jaune d’Ali Bongo et ses pâles desseins politiques n’ont pas eu raison de la vigilance de l’opposition

Par : Stephen Jean Landry

Sa petite majesté vient d’adresser une correspondance  aux partis politiques pour les associer à une rencontre pour deviser. L’opposition, dans sa diversité, d’un côté l’Union Sacrée, de l’autre la Convention, a officiellement décliné, samedi dernier, l’offre de dialogue. Chez les Bantous, il n’est pas coutume de rejeter un appel dont on peut, en revanche, récuser le contenu.  Et, comme dans son appel, sa petite majesté n’a fait aucun mystère du contenu : « échanger  au niveau national sur la situation sécuritaire de notre pays et la prévention du terrorisme », l’opposition, dans son ensemble n’a pas jugé utile d’aller parader autour d’Ali Bongo Ondimba pour l’encenser de quelque crédibilité que ce soit à quelques encablures d’un scrutin fixé officiellement à la fin du mois d’août. D’autant que les questions liées à la sécurité et la lutte contre le terrorisme ne sont pas nouvelles.

En 2014, l’ancienne ministre centrafricaine, Mari-Reine Hassen, avait exposé lors d’une conférence internationale sur la sécurité et le terrorisme en Afrique. Elle rappelait que « Le Comité consultatif des Nations Unies sur les questions de sécurité en Afrique centrale, établi en 1992, est l’un de tout premiers mécanismes de diplomatie préventive en Afrique avec un large éventail de décisions et de résolutions qui, si elles avaient été judicieusement mises en œuvre, auraient sauvé l’Afrique centrale de l’enfer de la guerre. Des comités, des accords de coopération dans différents domaines, un pacte de non-agression, un parlement sous régional, de nombreuses conférences de paix, des sommets, de nombreux mécanismes, des séminaires, des ateliers, des dialogues, des programmes (…) On s’active énormément pour la sécurité et la paix en Afrique centrale (…) Mais cette région continue pourtant de s’enfoncer dans la violence armée, car la plupart des importantes décisions prises depuis dix ans attendent toujours d’être effectivement appliquées. Disons-le clairement: les mesures et les recommandations ne sont pas appliquées. »

Lors de la préparation de la 35e session du comité consultatif permanent des Nations Unies chargé des questions de sécurité en Afrique centrale (UNSAN), des points focaux avaient été désignés. Et, le Gabon avait en charge la question de la police et de la sécurité.

En 2015, la 41e réunion ministérielle du comité consultatif permanent des Nations-unies chargé des questions de sécurité en Afrique centrale (Unsac), ouverte le 23 novembre, à Libreville aborde les questions de paix, de sécurité, de stabilité politique et institutionnelles, de conflits électoraux, de piraterie maritime, de prolifération des armes légères…

Du 28 au 30 janvier 2016, à Libreville, au cours de l’atelier « Police et Sécurité » se bâtit une stratégie dite intégrée « sur le contre-terrorisme et la non-prolifération des armes en Afrique centrale »

Tout ceci, pour dire que les émergents ont depuis bien longtemps été associés à des forums, des conférences, des colloques internationaux ainsi qu’à multiples résolutions multilatérales, mondiales et sous-régionales dans le cadre des politiques sécuritaires et anti-terroristes sur le continent et en Afrique centrale. Et même, comme le rappelait Gabonreview : « Ouvrant les travaux, la représentante du ministère des Affaires étrangères, de la Francophonie et de l’Intégration régionale, Mireille-Sarah Nzenzé, a indiqué que «la problématique de la propagation des armes légères sous tous ses aspects constitue encore dans notre sous-région, une menace permanente pour la paix, l’accélération des processus démocratiques et de développement socio-économique». A ses yeux, ceci «ne cesse de miner grandement la capacité de notre sous-région à assurer la bonne gouvernance et l’environnement sécuritaire propice à un développement durable». Des propos langue de bois à usage international. Mais, même pour aboutir à ces conclusions qui n’ont rien à voir avec la réalité de la dictature bongolienne, Ali Bongo n’a pas cru nécessaire de faire appel aux forces vives de la nation pour « échanger » avec lui sur ces questions-là. Parce qu’elles auraient immanquablement touché aux zones sensibles d’une sécurité intérieure qui s’exerce plus contre le peuple Gabonais et les opposants considérés comme des ennemis à abattre. Elles traduisent également un manque absolu de contrôle des flux de l’immigration clandestine – à forte connotation religieuse- qui profite, malgré les cris de Nguetsara dans le désert, de la mise en gruyère des frontières du pays par ceux qui sont au pouvoir.

 Quant à la Centrafricaine Mari-Reine Hassen, plus réaliste, et reprenant des propos de Willy Brandt, Chancelier allemand – Prix Nobel de la Paix –, elle avait lié la question de la sécurité aux questions structurelles socio-économiques et du développement. Il avait déclaré, en 1973, devant l’Assemblée Générale de l’ONU : « La misère est l’expression d’un conflit. Là où la faim règne il n’y aura pas de paix dans la durée. Là où il y a de la pauvreté extrême il n’y aura ni de loi ni de justice. Là où l’existence dans ses nécessités les plus élémentaires reste menacée il n’est pas permis de parler de la sécurité »

Pour de nombreux observateurs, les pays en décomposition ou les Etats échoués sont des terreaux fertiles pour les terroristes et le trafic d’armes. Le Gabon est-il vraiment loin de là ?

Aujourd’hui, s’il y a à s’expliquer sur l’arrivée et la circulation d’armes, de mercenaires et de terroristes dans le pays, ce n’est certainement pas à l’opposition de le faire mais plutôt à ceux à cause de qui, comme l’avait clamé Mme Hassen : « Disons-le clairement: les mesures et les recommandations ne sont pas appliquées ». Bien évidemment, c’est au pouvoir de les appliquer, donc de s’expliquer. Et nous pensons qu’un pouvoir qui s’interdit d’écouter ses propres généraux qui le préviennent pourtant du danger, n’attend, en fait, aucun avis de l’opposition gabonaise sur des questions que l’expertise internationale a déjà traitées et dont les résolutions ne s’appliquent pas au Gabon. Sa petite majesté veut tout simplement faire une photo de famille bien consensuelle justifiant la militarisation du pays et la réduction des libertés. Malheureusement pour lui, apparemment, il ne semble pas avoir beaucoup de parents dans l’opposition. Il n’y aura donc pas de photos.

Article publié le 18 Avril 2016

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