Grève des magistrats : Le Synamag suspend de nouveau toutes les activités judiciaires

Après trois mois de négociation avec la tutelle, le Syndicat national des magistrats du Gabon, Synamag, a décidé le 17 mai 2017, suite à son assemblée générale ordinaire du 11 du même mois, de relancer le mouvement de grève qu’il avait momentanément suspendu le 15 février dernier, échaudé par « la légèreté sinon la désinvolture avec laquelle les problèmes soulevés ont été abordés par le gouvernement ».

En effet, le mouvement de grève, suspendu il y a quelques mois, avait pour objectif de laisser au gouvernement le temps nécessaire pour mener à bien les procédures administratives et financières relatives à la prise en compte budgétaire de toutes leurs revendications. Mais jusqu’à ce jour, le Synamag a noté avec beaucoup de regret, après trois mois de rencontre avec la tutelle, aucune avancée concrète dans le traitement de son cahier des charges : « Concernant la mise à disposition des bâtiments devant abriter les tribunaux administratifs de Port-Gentil et de Franceville, le Ministre avait rassuré, avant la suspension de la grève, que les travaux devraient commencer au milieu du mois de mars 2017. Le constat actuel est négatif. Rien n’est fait sur le terrain. Concernant l’attribution de l’immeuble de Batterie IV aux juridictions administratives de Libreville, le constat est le même. S’agissant du point relatif à l’application du décret 404 du 20 août 2015 aux magistrats hors-hiérarchie, nous avons reçu, avant la suspension de la grève, la garantie que ce décret devrait être effectif à la fin du mois de mars 2017. Malheureusement, rien n’a été fait jusqu’à ce jour. Même constat pour le paiement de la PIP de décembre 2014, qui est toujours en attente. Seule une partie de cette revendication avait été prise en compte dernièrement. Sur la question relative aux affectations des magistrats de l’ordre judiciaire dans l’ordre administratif, nous constatons que les autorités de tutelle ont accordé très peu d’importance à cette revendication. Elles ont plutôt fait usage des méthodes dilatoires pour nous mener insidieusement à croire que ces affectations irrégulières seront corrigées au cours du CSM de juillet prochain », a précisé le président du Synamag, Germain Nguema Ella.

Ce dernier estime aujourd’hui que «  La tolérance des juristes syndiqués semble avoir été prise pour une faiblesse et que leur réserve a été exploitée à nos dépens et notre impartialité transformée en une arme dirigée contre nous ».

Devant le désintérêt clairement affiché par les autorités, les syndicalistes ont donc opté pour la paralysie de l’appareil judiciaire sur l’ensemble du territoire. Les membres du Synamag ont décidé de la suspension de toutes les activités judiciaires, avec un service minimum limité aux audiences de cabinet et délibérations. «Pendant cette période de grève, aucune juridiction ne tiendra des audiences publiques», a précisé Germain Nguema Ella.

Pour ce qui concerne l’ordre judiciaire, le service minimum est limité à l’examen des dossiers mis en délibéré. Les parquets de la République et les cabinets d’instruction ne traiteront que des nouvelles procédures pénales, des prolongations de la détention préventive, des démarches de mise en liberté. Au Tribunal administratif de Libreville et à la Cour d’appel administrative, seule l’instruction des dossiers en cabinet va continuer. Concernant l’ordre financier, les délibérations des dossiers mis en délibéré, l’instruction en cabinet, les chambres de conseil et les conseils de direction suivront leur cours normal.

Pour marquer le coup, un piquet de grève sera observé par tous les magistrats au palais de justice de chaque ville. Toutefois, pour le cas précis de Libreville, les piquets de grève se tiendront chaque mardi et jeudi à l’immeuble du quartier Batterie IV s’agissant des magistrats du Conseil d’État, de la Cour des Comptes, du Tribunal administratif, de la Cour d’appel administratif et du Ministère de la Justice. Le Synamag estime néanmoins que « la poursuite de la grève ne met pas un terme aux discussions et négociations débutées avec la tutelle », a conclu Germain Nguema Ella.

 

Aria Starck

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