La culture, moteur du développement économique

Posté le 01 Mar 2016
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Le conférencier, Jean-Hilaire Otembé-Nguema, docteur en lettres et sciences humaines

C’est ce qu’a montré Jean-Hilaire Otembé-Nguema, docteur en lettres et sciences humaines et enseignant à l’Université franco-gabonaise Saint-Exupéry (UFGSE), dans la conférence qu’il a animée, le mercredi 10 février dernier, à l’Institut français du Gabon sur la reconnaissance internationale du patrimoine culturel gabonais.

Développer la culture, afin de reconnaître, aux plans national et international, les patrimoines culturels matériels et immatériels gabonais, apporte non seulement aux Gabonais la nourriture spirituelle, et améliore les mœurs dans les villes et dans les campagnes, mais stimule aussi le développement économique”, c’est le présupposé qu’on a pu lire dans les propos de Jean-Hilaire Otembé-Nguema qui a récemment animé une conférence sur la reconnaissance internationale du patrimoine culturel gabonais, où il a été question de pointer la méconnaissance des Gabonais de leur patrimoine culturel dont la valeur n’est plus à prouver en Occident. “Ce qui est tout le paradoxe”, a-t-il dit.

L’exposé fut très critique à l’égard des fils putatifs de l’Hexagone (les dirigeants actuels) qui, à la suite de l’ancienne métropole, commettent un terrible génocide culturel. Parce qu’ils ignorent que « la politique ne mériterait pas une parcelle d’énergie si elle n’est pas justifiée par un projet culturel. Car la culture est un service pour le développement. »

Pour le conférencier, les Gabonais d’aujourd’hui, à l’instar de leurs ancêtres, sont les témoins impuissants de la disparition de leurs patrimoines culturels. Dans ce cas, s’est-il interrogé, comment peuvent-ils se procurer le sentiment d’identité et de continuité qui contribuerait  à promouvoir le respect de la diversité culturelle et de la créativité humaine ?

 REAPPRIOPRIATION• Avant d’envisager une réappropriation de ces patrimoines culturels, le conférencier a déploré le fait que lesdits patrimoines culturels gabonais ne soient plus développés à partir de leur enracinement dans les communautés qui les produisent. Qu’ils ne dépendent plus de ceux dont la connaissance des traditions, des savoir-faire et des coutumes est transmise au reste des communautés, de génération en génération, ou à d’autres communautés. Que les patrimoines culturels gabonais ne le sont plus que de nom, car ils ne sont plus reconnus comme tel par les communautés, groupes et individus qui les ont créés, parce que ne les entretenant plus et ne les transmettant plus. En effet, selon lui, c’est « le regard de l’Autre, notamment de la France, qui se constitue à travers le prisme déformant d’un imaginaire enfermant l’objet et l’homme nègre au titre de commun de curiosité de la nature : bizarreries et choses rares… » C’est la France, voire la communauté internationale qui décide à leur place si une expression ou pratique donnée fait partie de leur patrimoine, c’est encore elle qui détermine la destination que doit prendre cette curiosité et dans quel panier on doit mettre ces bizarreries et ces choses rares.

Jean-Hilaire Otembé-Nguema a étayé sa démonstration par des faits avérés. D’abord, par l’évocation du patrimoine culturel matériel et immatériel des peuples autochtones premiers. Le projet, concocté par la communauté internationale, permettait l’élaboration d’une méthodologie d’inventaire adaptée au contexte culturel des communautés Babongo, Baka et Bakoya, d’identifier des éléments constitutifs de l’identité de ces peuples et ceux nécessitant une sauvegarde urgente pour la reconnaissance et l’intégration de ces communautés. Ce qui contribuerait ainsi au renforcement du respect mutuel et au dialogue interculturel au niveau national. Le paradoxe, a souligné l’orateur, est que ce projet n’est jamais allé jusqu’à son terme, du fait de son abandon. Dans ce genre de situation, le Gabon a généralement une attitude ambigüe vis-à-vis des

peuples autochtones premiers, à mi-chemin entre la langue de bois. « Nous faisons de notre mieux », aurait-on cru entendre. Léonard Odambo Adone et son Mouvement des minorités autochtones et pygmées du Gabon (Minapyga) ont disparu de la circulation, déçus qu’ils sont. Ils se sont battus contre des moulins à vent.

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Les danses initiatiques font partie intégrante du riche patrimoine culturel gabonais

 PREMIER BIEN MIXTE• Ensuite, en procédant à l’inventaire des sites inscrits au Patrimoine mondial de l’Unesco (acronyme anglais de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture). Là-dessus, l’auditoire a été édifié. Il a appris qu’en dépit de ce que le Gabon a ratifié, le 30 décembre 1986, la Convention pour la protection du patrimoine mondial culturel et naturel, ce n’est que 21 ans plus tard, c’est-à-dire en 2007, que le premier site mixte est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. « Pourquoi avoir attendu si longtemps ? », s’est-il demandé. Ce site, le Parc de la Lopé-Okanda, est le premier bien gabonais et aussi le premier bien mixte culturel et naturel de la sous-région d’Afrique centrale. Cette information, les Gabonais la connaissent-elle ? Savent-ils aussi qu’outre ce site, il existe sept autres (un culturel, un naturel et cinq mixtes) sur la liste indicative ? Ce sont l’ancien hôpital Albert Schweitzer de Lambaréné (Moyen-Ogooué, culturel, 2009), le Parc national de l’Ivindo (Ogooué-Ivindo, naturel, 2005), l’écosystème et paysage culturel pygmée du massif de Minkébé (Ogooué-Ivindo, mixte, 2005), le Parc national des monts Birogou (Ngounié–Ogooué-Lolo, mixte, 2005), le Parc national des Plateaux Batéké (Haut-Ogooué, mixte, 2005), les grottes de Lastourville (Ogooué-Lolo, mixte, 2005) et le Parc national de la Moukalaba-Doudou (Ngounié–Nyanga, mixte, 2005).

Enfin, en promenant le regard sur les sculptures célèbres du Gabon très prisées par les collectionneurs occidentaux. S’appuyant sur l’ouvrage de Robert Orango-Berre, le conférencier a dressé la carte d’identité et l’itinéraire desdites sculptures, notamment les masques punu et les figurines kota, le byéri fang et le couple ébandzè des tsöghö. Il en a révélé la valeur financière sur les marchés de l’art et fait l’inventaire partiel des œuvres d’art du Gabon adjugées en France, chacune à plus de 100 millions de francs CFA. Là encore, la majorité des Gabonais vivant à la marge ignore tout de l’attrait des objets d’art de leur pays qui font flamber les prix à l’Hôtel Drouot où sont organisées les ventes publiques aux enchères.

 VIE COLLECTIVE• Dans sa conclusion, le conférencier a affirmé qu’il est inutile de détailler les patrimoines culturels comme dans un livre d’anthropologie, mais le pays est universellement et unanimement réputé comme étant l’un des mieux pourvus d’Afrique. Il ne s’agit pas de spéculations, a-t-il indiqué, mais de statistiques qui figurent dans tous les rapports d’experts internationaux et des collectionneurs occidentaux. Ce qui manque au pays, a-t-il signalé, c’est la souveraineté nationale, tout simplement, c’est-à-dire une vie collective exempte d’ingérence étrangère de type pré carré ou liens spéciaux, mais entièrement vouée au seul service des intérêts du seul peuple, organisée autour de la défense de son patrimoine culturel.

Si les textes existent, à l’instar de la Charte culturelle, leur applicabilité est sujette à caution. A cet effet, il appartient aux Gabonais et à eux seuls d’impulser une nouvelle grille de lecture de leur art, une nouvelle appréciation de sa valeur pour qu’en explorant de nouvelles pistes de réflexion, ils puissent dégager des stratégies nouvelles pour le respect des patrimoines culturels, afin que le Gabon ne soit plus lésé.  Car les patrimoines culturels sont utiles au dialogue interculturel et encouragent le respect d’autres modes de vie. Leur importance ne réside pas tant dans la manifestation culturelle elle-même que dans la richesse des connaissances et du savoir-faire qu’il transmet d’une génération à une autre. Cette transmission du savoir-faire a une valeur sociale et économique pertinente pour les groupes minoritaires comme pour les groupes majoritaires à l’intérieur d’un Etat, et est tout aussi importante pour les pays en développement que pour ceux développés.

Par : Imoni Kombile Giowu

 Article publié le 02 Mars 2016

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