LETTRE AU CHEF DE L’ETAT

Posté le 23 Mai 2016
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jonas Moulenda

Monsieur le Président,

Le Gabon traverse actuellement une crise qui appelle tout citoyen à donner sa contribution en vue d’une solution rapide. Cette philippique en est justement ma modeste contribution. Si vous montez encore sur vos ergots, tel un coq dans la basse-cour, je n’en serais pas surpris. « La vache qui a une plaie au dos craint que le corbeau s’y pose », disait mon grand-père.

Pour dire vrai, les deux éléments déclencheurs de cette crise sont votre forfaiture et votre candidature à un second mandat présidentiel interdit par la Constitution. Alors que vous n’avez pas encore levé les ambigüités sur votre état civil, vous avez décidé de foncer et d’engager le peuple gabonais dans l’illégalité. C’est un comportement digne d’un hors-la-loi. Mon aïeul disait : « La poule qui ne craint personne a la témérité dans ses ailes. »

Aujourd’hui, votre candidature anticonstitutionnelle fait peur à plus d’une personne. Des Gabonais fuient en masse cette crise vers les pays d’Europe et d’Amérique où ils vivotent. Pis, de nombreux expatriés, qui redoutent une guerre civile, ont commencé à rentrer chez eux, parce que vous avez transformé le Gabon en pandémonium. C’est une peur justifiée. « Lorsque le palmier prend feu, les tisserins se dispersent », disaient mon papy.

Au lieu d’apaiser la tension qui monte à travers le pays, vous bombez le torse. Vous portez plainte à tous ceux qui ne vont pas à Canossa. Vous conditionnez les voyages des détenteurs de passeports de service ou diplomatiques à l’obtention d’un quitus de la présidence de la République. Ce n’est pas en procédant de la sorte que vous amènerez les Gabonais à vous suivre dans votre démarche. « Le chien qu’on emmène de force à la chasse n’attrape pas le gibier », disait mon grand-père, grand chasseur de son époque.

Les actions prioritaires du moment devraient viser le redressement de la situation et le rétablissement de la confiance entre tous les citoyens et l’autorité que vous incarnez. Un dialogue franc, sincère et inclusif sur toutes les questions liées à cette crise est la seule voie à suivre pour préserver le Gabon du chaos. Ne suivez pas ceux qui vous conseillent de persister dans l’arrogance. Vous risquerez d’en payer un lourd tribut vous seul. Mon aïeul me faisait remarquer que « le vin de maïs ne nuit pas à celui qui le prépare mais à celui qui le boit».

La communauté internationale vous a adressé plusieurs messages vous demandant de faire un choix qui met en avant les intérêts du peuple gabonais. Interrogez-vous sur l’avenir du Gabon. La tendance est catastrophique. A quoi servira de gagner des élections par ailleurs contestées et qualifiées d’inconstitutionnelles si vous perdez en même temps les moyens pour satisfaire les besoins fondamentaux du peuple gabonais ? Pensez à votre progéniture. « La poule qui a ses petits ne traverse pas le feu », disait mon pépé.

Les leaders de l’opposition et de la société civile sont intimidés, menacés et contraints à vivre dans la clandestinité ou à s’exiler. Le droit des citoyens d’être informés, leur liberté d’opinion et d’expression sont fortement restreints. Les rumeurs occupent tout l’espace, faute de médias capables de donner une information diversifiée. Vous instrumentalisez les institutions publiques qui, dans les conditions normales, devraient délibérer et prendre des décisions en toute indépendance. C’est à cause de tout cela que vous avez échoué dans vos missions. Mon grand-père disait : « Le chat qui a les moufles n’attrape pas les souris. »

Alors que certains de vos compagnons politiques prévenaient une crise qu’ils voyaient venir, qu’ils exprimaient une peur fondée par rapport aux conséquences évidentes de cette crise et qu’ils vous proposaient la meilleure attitude à prendre pour ne pas rater ce tournant historique pour le Gabon, ils ont été marginalisés et humiliés, exclus ou suspendus du parti, démis de leurs fonctions. Or, ils étaient vos aiguillons. Je donne finalement raison à mon aïeul qui disait : « Si tu cherches à enlever au chien les excréments restés sur son museau, il te mordra. »

Monsieur le Président, j’ai juste voulu vous dire ces vérités crues. C’était ma contribution à la résolution de la crise dans laquelle s’enlise notre pays chaque jour un peu plus. J’ignore si vous appliquerez mes conseils. D’ailleurs, je n’ai jamais cru en vous. Je suis convaincu que vous resterez le même méchant que vous avez toujours été, même si vous promettez de changer. « La gourde qui a contenu du piment fait éternuer même si elle vide », disait mon grand-père.

Jonas MOULENDA

 

La Banque nationale de Paris (BNP), actionnaire de référence à hauteur de 46% dans le capital de la Banque internationale pour le commerce et l’industrie du Gabon (Bicig), a officiellement annoncé son intention d’y céder toutes ses parts. L’information a été confirmée la semaine dernière par un haut dirigeant de cette entreprise, avec la précision que « la BNP avait fait une telle requête lors du conseil d’administration de la Bicig tenue en avril dernier ».

Dans le projet initial de la BNP, il s’agissait pour le groupe bancaire français de vendre ses parts à la Banque populaire du Maroc, et non au groupe Attijariwafa Bank comme cela avait murmuré un temps. Malgré le démenti du directeur général de l’Union gabonaise de banque (UGB), filiale locale de ce groupe bancaire marocain.

La Banque populaire du Maroc était prête à reprendre les parts de la BNP dans la Bicig, selon des sources dignes de foi. Seulement, le conseil d’administration de la Bicig, qui doit donner son accord, n’a pas voulu de la banque marocaine dans son capital. L’Etat gabonais également n’a pas voulu plus céder un autre établissement bancaire au royaume chérifien. Malgré un tropisme évident du Gabon vers le Maroc. Sans doute par crainte de se retrouver totalement « sous tutelle économique » du Maroc. Surtout que les entreprises chérifiennes sont déjà bien présentes dans des domaines aussi stratégiques que la banque, les télécommunications et des pans entiers de l’industrie, notamment la production du ciment. Introduire une banque marocaine supplémentaire dans le segment de « banque de détails », aurait eu pour conséquence un contrôle total de toute l’activité économique du Gabon par le Maroc. Alors même qu’aucune entreprise gabonaise ne contrôle la moindre entreprise au Maroc.

La Banque populaire du Maroc étant hors-jeu, la question de la reprise des actions détenues par la BNP au sein de la Bicig reste entière. Surtout que le groupe français, qui a échoué à plusieurs reprises dans son désir de contrôler plus de 50% du capital de la Bicig, tient à en sortir au plus vite. « Nous envisageons plusieurs solutions. Mais la plus plausible sera intramuros, c’est-à-dire une reprise de ses parts par des capitaux gabonais », a indiqué un cadre de la Bicig. L’intention est louable.

La Bicig a là l’occasion de plus de se rapprocher de la population. Elle pourrait ainsi ouvrir son capital à des milliers d’épargnants. Elle ferait par la même occasion une opération salutaire pour la Bourse de valeurs mobilières de l’Afrique centrale (Bvmac). Les actions Bicig pourraient ainsi se retrouver aux côtés de celles de SIAT Gabon, qui a introduit une partie de son capital à la Bvmac, il y a quelques mois.

Bicig prouverait ainsi sa maturité. L’expertise que cette entreprise a développée durant de longues années sous « la tutelle » de la BNP d’une part, et l’expérience accumulée des cadres gabonais de cette banque d’autres part, permettent de penser que cet établissement a des ressources pour voler de ses propres ailes. Sans qu’il lui soit indispensable de s’appuyer sur « un actionnaire de référence ». La banque elle-même étant plus qu’une « référence » au Gabon. D’autant plus que – c’est de bonne guerre – « l’actionnaire de référence » va d’abord s’employer à tirer un maximum de profit pour rentabiliser son investissement à court voire moyen terme. Ceci se fait au détriment de la qualité de service et de l’intérêt de l’économique du Gabon.

La sortie de BNP du capital de la Bicig est une opportunité que les dirigeants de cette banque doivent saisir pour en faire un moteur principal de l’investissement au Gabon. La banque a les cadres et la surface financière requise pour mener un tel projet, à condition qu’elle n’aliène pas les nouvelles marges de manœuvre qui naitront de la sortie de la BNP. Notamment en recherchant coûte que coûte une nouvelle « tutelle » où en se « vendant » à des acteurs dont le métier n’est pas la banque. A l’image des sociétés de téléphonie mobile qui « peuvent » « acheter » la Bicig, pour justifier a postériori une activité illégale de banque – non reconnue par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) – qu’ils exercent actuellement.

Gageons qu’Etienne-Guy Mouvagha Tsioba saura faire le seul choix qui vaille : celui d’un actionnariat populaire via la Bvmac.

 

La Rédaction

 

Article publié le 23 Mai 2016-05-23

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