Libéralisation du prix des carburants

Posté le 04 Fév 2016
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pompe carburantsLe gouvernement gabonais vient enfin de mettre en œuvre la mesure de libéralisation des prix de vente du carburant prise en janvier 2015, lors du séminaire gouvernemental de la Pointe-Denis. Il a fallu à cette équipe un an plus tard et 60 milliards de francs Cfa d’arriérés de payement au titre de la subvention des produits pétroliers pour l’année 2015, pour que l’équipe d’Ona Ondo, contrainte et forcée – elle risquait d’accumuler 60 autres milliards d’arriérés au cours de cette année 2016 pour la même affectation-, décide de sortir de cette hérésie économique qu’a toujours constitué la subvention aux hydrocarbures. Elle n’a profité en définitive qu’au plus fortunés. Puisque ces derniers disposent de véhicules de gros cylindres, gourmands en termes de consommation de carburant.

Ce que le gouvernement n’a pas su faire dans cette opération c’est la communication. De manière démagogique, il a présenté la baisse des prix à la pompe constatée à Libreville comme conséquence de sa mesure de libéralisation des prix. Ce qui est faux ! D’ailleurs, il y a exactement un an, le ministre de l’économie de l’époque, Christophe Akaga Mba, avait également signé des arrêtés de libéralisation du secteur comme vient de le faire Régis Immongault, mais ceux-ci n’avaient pas été publiés. Tout simplement parce que cette mesure aurait induit automatiquement une hausse des prix à la pompe, au regard du niveau du prix du baril de pétrole à cette époque.

Le gouvernement aurait dû dire la vérité aux consommateurs afin qu’ils soient définitivement édifiés sur l’évolution du secteur à l’avenir. Cette vérité est que les consommateurs doivent désormais apprendre à vivre avec des prix fluctuant, à la baisse ou à la hausse, à la pompe. Ce mouvement étant fonction de trois paramètres que l’Etat ne pourra plus imposer aux opérateurs du secteur des hydrocarbures.

D’abord, le niveau de marge que veut réaliser une station-service sur le litre de carburant. Il sera uniquement lié au niveau de la concurrence dans une zone donnée. Le responsable d’une station-service qui se trouve seul dans une localité donnée, sans concurrent proche, pourra désormais décider sans risque le niveau de sa marge. Le client ne devrait pas s’offusquer en constatant que le prix d’achat d’un litre de carburant passe du simple au double d’une localité à une autre.

Ensuite, le prix de revient des opérateurs. Celui-ci est différent d’une société à une autre, voire au sein d’une même société, d’une station d’essence à une autre, en fonction de la distance qui sépare les essenceries de la zone d’entreposage des produits pétroliers qui se trouve, comme chacun sait, au port d’Owendo. Ce coût de revient va indiquer le niveau du prix de vente final qui sera proposé aux consommateurs. Ces derniers doivent s’attendre à avoir un prix différent selon qu’ils achètent le carburant à Libreville, Franceville, Tchibanga ou Bitam. Ces prix pourront également être différents à l’intérieur d’un même groupe, en fonction de la localisation des stations-service sur le territoire national.

Enfin, le prix du pétrole sur le marché international. Lorsqu’il sera bas comme actuellement, les distributeurs de carburant pourront soit répercuter cette baisse sur le prix de vente comme ils l’on fait pour le moment, soit décider de garder cette baisse pour eux-mêmes en reconstituant leurs marges. Dans un tel cas, le prix du pétrole aura beau baisser sur le marché, le prix à la pompe ne changera guère. Inversement, lorsque le prix du pétrole va à nouveau augmenter sur le marché international, il ne fait guère de doute que les pétroliers répercuteront cette hausse sur le prix de vente.

C’est sans doute cette réalité qu’a voulu occulter le gouvernement, fidèle à la politique de l’autruche et à la langue de bois. Car en octobre prochain, un pouvoir neuf, sorti des rangs de l’opposition, pourrait affronter cette réalité nouvelle sur le front pétrolier.

Imony Kombile Giowou

 Article publié le 04 Février 2016

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