PIP : Une épine au pied du pouvoir qui risque de le gangrener

Posté le 21 Fév 2015
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Si Ali Bongo Ondimba a encore un peu de lucidité, il doit se garder d’appliquer son mode de fonctionnement habituel, au traitement de la prime à l’incitation à la performance (PIP). C’est-à-dire un traitement injuste, impartial et arbitraire. Car il risque de payer l’addition cash et plus rapidement qu’il ne le prévoit.

Le gouvernement devait payer depuis longtemps, le 4ème trimestre 2014 de la PIP aux ayants droits de l’administration. Au lieu de jouer carte sur table en expliquant tout simplement aux fonctionnaires la réalité actuelle des finances publiques. Le pouvoir fait comme s’il avait les moyens de répondre à cet engagement. Non pas à cause de la chute du baril de pétrole – la PIP n’absorbant que 25 milliards de Fcfa par trimestre ce qui ne représente moins de 1% du budget de l’Etat-, comme il s’empresse de le dire, mais à l’absence de priorités clairement hiérarchisées. Cette politique de l’Autriche se retourne contre lui. Toute l’administration est bloquée. Les écoles sont fermées. Même les écoles confessionnelles s’y sont mises aussi. Comble du ridule, une partie de l’appareil répressif du pouvoir- la justice-, est également entré dans la danse. La Cour d’appel de Libreville par exemple, n’a pas pu siéger le jeudi 19 février comme prévu. Le personnel du palais de justice de Libreville ayant décidé de rester en case, tant que la PIP ne sera pas versée. Autant de jours de quiétude pour les présumés délinquants qui allaient enfin connaitre leurs sorts. Autant de jours supplémentaires d’injustice que les honnêtes citoyens devront attendre pour se voir réparé leurs préjudices.

Pour éviter un embrasement généralisé de tout l’appareil administratif, Ali Bongo Ondimba a ainsi décidé de faire le « tri ». Entre les administrations qui seront bénéficiaires de la PIP et les autres. Une manière de gérer qui est contraire à l’égalité de tous les fonctionnaires devant les statuts qui régissent cette corporation. Ainsi, à tout seigneur tout honneur, l’armée et l’ensemble des forces de sécurité sont passées en premier à la caisse. La grande muette aux dires des initiés, avaient envoyé des signaux martiaux « très clairs » au pouvoir. Celui-ci a compris qu’il valait mieux satisfaire ces derniers avant qu’il ne soit trop tard. Ce début de paiement a eu l’effet d’une bombe dans le reste de la fonction publique. Les autres agents publics, quoique dépourvus d’armes, ont exigé eux aussi, du gouvernement le règlement de leur dû. Naturellement, le Premier ministre Daniel Ona Ondo a fait le dos rond. Ses ministres ont commencé par se renvoyer la balle. Le ministère du budget expliquant aux usagers que leurs ministères respectifs, n’avaient toujours pas envoyé la liste des ayants droits dans les services compétents.

Quant aux ministères indexés, ils juraient l’avoir fait en temps et en heure. A ce jeu de Ping Pong conçu et pensé, qui n’avait en réalité qu’un seul objectif pour le pouvoir, gagner du temps, les ministres les plus zélés ont eux-mêmes pris l’initiative d’exclure sur aucune base légale ou réglementaire une partie de leurs administrés du bénéfice de cette prime. Dans ce registre Jean Marie Ogandanga, le ministre de la fonction publique s’est hissé à la première place. L’homme a pris la décision d’exclure purement et simplement les fonctionnaires admis en stage du bénéfice de la prime. Sans expliquer ce qu’il fera du « reliquat » de prime qui va se retrouver entre ses mains.
Cette stratégie conçue pour gagner du temps montre actuellement ses limites. La grève s’étant déjà disséminée dans toute la fonction publique. On ne voit pas comment ce gouvernement peut continuer à garder la posture actuelle. A savoir rester serein comme si tout allait bien. Car cette grève illimitée, va coûter très chère à l’économie. Elle ne fera qu’accentuer le gouffre déjà créé par la longue grève des employés du pétrole.

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