REPORTAGE : Dérives policières sur le front de grèves d’élèves de Lycées et collèges

Posté le 12 Fév 2016
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C’est lourdement armés, que des contingents de policiers et de gendarmes se sont rués sur des élèves désarmés, réclamant à cors et à cri le paiement de leurs bourses d’études accusant du retard, sans que des explications ne s’en suivent

Par : Prince Villa

Les exactions policières contre la jeunesse scolarisée défraient la chronique dans la capitale gabonaise, à Libreville et dans ses environs. Les actes de violence perpétrés par des éléments des forces de l’ordre, il y a quelques semaines encore, à l’encontre notamment d’élèves du Lycée technique national Omar Bongo (LTNOB), du Lycée Paul Indjendjé Gondjout (LPIG), du Lycée public de Bikélé et du Lycée Lubin Martial NTOUTOUME de Ntoum, continuent d’alimenter les conversations.

Des violences qui auraient causé, le lundi 25 janvier dernier, la mort du jeune Christian Mba Obiang Eko, âgé de 14 ans, admis en classe de 6e dans un lycée privé de Ntoum. Disons la descente musclée d’hommes habillés dans le périmètre scolaire de cette banlieue de Libreville gagnée par une grève des apprenants, s’est notamment soldée par de nombreux blessés graves et par plusieurs interpellations parfois controversées.

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Une élève du Lycée Paul Indjendjé Gondjout, rouée de coups de matraques et de rangers, au passage des  »gros bras » sur son chemin

Une violence aveugle qui témoigne de la restriction des libertés publiques dans notre pays. Les élèves ont été traqués pour avoir commis l’impair d’observer un mouvement d’humeur, pour réclamer le paiement de leurs bourses d’études du 2ème et 3ème trimestre de l’année scolaire 2014-2015, ainsi que celle du 1er trimestre de l’année en cours.

Déjà fin janvier dernier, en guise de sonnette d’alarme, les bureaux directeurs des coopératives secondaires de Libreville, réunis au Lycée Paul Indjendjé Gondjout (LPIG), avaient mis sur la table un ensemble de préoccupations visant à l’amélioration des conditions de vie et d’études. Un plaidoyer qui comprenait notamment, la sempiternelle question des effectifs pléthoriques, le retard de paiement de la bourse, l’absence de tables-bancs en quantité suffisante par endroit, outre l’absence des manuels scolaires dans les bibliothèques et autres laboratoires dans certains établissements d’enseignement secondaire.

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Les franchises du Lycée technique Omar Bongo, à l’instar de celles du Lycée Paul Indjendjé Gondjout, violées avec une aisance déconcertante par ces hommes de troupes

An plan structurel, les représentants des élèves ont notamment pointé du doigt sur l’absence des sanitaires fonctionnels dans leurs établissements, sur la pénurie de médicaments dans les infirmeries, outre le manque d’infrastructures sportives pour la pratique décente des épreuves d’éducation physique et sportive. Une batterie de recommandations qui avait été soumise à leurs différents chefs d’établissements, en vue de les transmettre à qui de droit.

Après de nombreuses vaines semaines d’attente, et dans le prolongement des foyers de tension enregistrés dans des communes de Ntoum et d’Owendo, respectivement au Lycée Lubin Martial NTOUTOUME et au Lycée technique national Omar Bongo, les élèves du Lycée Paul Indjendjé Gondjout (LPIG) et ceux du Collège Ange Mba ont récemment emboité le pas, en décidant d’également se faire entendre. Ce qui leur a donné d’entreprendre une marche pacifique sur la voie publique pour dénoncer les retards accusés dans le paiement de leurs bourses d’études.

FRANCHISES SCOLAIRES VIOLEES : L’initiative des élèves du Lycée Paul Indjendjé Gondjout d’observer une marche pacifique vers le domicile d’Ali Bongo, voisin de leur établissement scolaire, a été violemment réprimée par la force publique. En effet, plutôt que d’user de la force des arguments pour dissuader les élèves, le pouvoir a malheureusement usé de l’argument de la force, avec son lot de dégâts collatéraux.

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Outrés par le rapport de forces disproportionné, les élèves des lycées et collèges à Ntoum, mettent le feu à leur passage

Courant cette expédition punitive, les policiers ont allégrement violé les franchises scolaires, en pourchassant les apprenants jusque dans leurs salles de classe. Certains, rattrapés par ces « gros bras », ont été copieusement passé à tabac dans l’enceinte même de leur établissement.

Une violence aveugle qui n’a pas épargné les personnels d’enseignement et d’encadrement, à l’instar du chef d’établissement du Lycée Paul Indjendjé Gondjout, également rossé par ces flics déchaînés. Tels des fauves lâchés et à vide de sensations fortes, les policiers déployés à Libreville et les gendarmes lâchés dans la commune de Ntoum, ont tous multiplié des jets de bombes lacrymogène et assourdissante sur tout ce qui bouge, avant l’assaut « d’hommes à pied » sur les protestataires. Certains élèves, pour se défendre, n’ont pas hésité à lancer des projectiles sur ces « hommes en armes».

Au lendemain de ces folles journées de violence aveugle, le gouvernement a décidé d’enfin procéder au paiement de la bourse du 3ème trimestre de l’année scolaire écoulée. Le versement aux ayant-droits des bourses restantes, est visiblement renvoyé aux calendes grecques.

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De sources concordantes font état d’au moins un mort et plusieurs blessés graves, à l’issue de ces affrontements

Notons que l’opinion s’est indignée du silence complice des associations de parents d’élèves face à cette barbarie policière. Sous d’autres cieux, l’on signalerait dans le cas d’espèce des montées au créneau de ce type d’associations, en charge des conditions d’études de nos enfants.

Au Gabon, les associations des parents d’élèves semblent se complaire dans le jeu du pouvoir, qui consiste à d’abord user de violence, avant de contenir la situation. Une méthode propre aux régimes autocratiques.

La Fédération nationale des associations des parents d’élèves et d’étudiants du Gabon (Fénapeg) est restée prisonnière d’un mutisme coupable. Son président, René Mezui-Menié, n’a pas daigné donner de la voix.

Il faut dire que ces mouvements d’humeur d’élèves enregistrés dans la capitale gabonaise et ses environs, ont été consécutifs à un malaise profond qui secoue le monde de l’éducation depuis plusieurs années. La grève générale illimitée déclenchée sur l’ensemble du pays des enseignants membres de la convention nationale des syndicats du secteur éducation, Conasysed, conforte la thèse du malaise ambiant.

 

Article publié le 12 Février 2016

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