TRIBUNE LIBRE : Lettre au chef de l’Etat

Posté le 13 Avr 2016
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Jonas Moulenda

Jonas MOULENDA

Par : Jonas MOULENDA

Monsieur le Président,

Depuis que vous m’avez contraint à l’exil, je suis, avec intérêt, l’actualité dans notre pays, que vous ne réussirez jamais à éloigner de mon cœur. J’y trouve bien plus de motifs d’inquiétude que des raisons d’espérer. C’est pourquoi je me permets encore aujourd’hui de tirer la sonnette d’alarme à travers cette philippique. « Le singe prévient l’éléphant du danger », disait d’ailleurs mon grand-père chasseur.

Qu’il se trouve de beaux esprits, ici ou là, pour chercher à vous caresser dans le sens du poil et vous présenter comme le guérisseur d’écrouelles ne saurait me surprendre. Mais je trouve saugrenues les communications souvent faites par vos collaborateurs sur certaines récriminations dont vous êtes l’objet. Ils pratiquent souvent le déni, refusant d’admettre que le Gabon est empêtré dans une crise sans précédent. Ils se fourvoient et vous poussent à vous fourvoyer. Mon aïeul disait : « On ne cache pas la femme enceinte à celle qui doit l’aider à accoucher. »

Dans une démarche qui est la mienne, j’ai souvent interrompu le ronronnement mémoriel et brisé le lourd silence auquel m’invitent tous les conformismes, toutes les bien-pensantes de votre camp qui s’égayent entre les marches sans projets et les vaines inaugurations. C’est votre faute si le Gabon va très mal aujourd’hui. Soyez honnête et reconnaissez que vous êtes un piètre dirigeant, s’il vous plaît, pour une fois. Prenez  votre courage et renoncez à briguer un second mandat pour éviter d’être emporté par la tempête de l’histoire. « Le moustique suce le sang de l’homme mais il craint le vent », disait mon papy.

En conscience, les patriotes ne peuvent pas tolérer longtemps la crise que vous imposez au pays. Vos collaborateurs et vous planifiez des monstruosités rien que dans le dessein de continuer à régner. En ma qualité de patriote et de journaliste engagé, j’ose affirmer ici que nous avons tous une conscience. Et que, par conséquent, nous ne pouvons pas tolérer ce que vous êtes en train de faire. En conscience, nous avons le droit de choisir, le droit de désobéir et le droit de résister. Renoncez alors à vos entreprises périlleuses. Mon grand-père me faisait d’ailleurs remarquer que « celui qui refuse de traverser la rivière ne se noie pas ».

L’achat récent d’armes de guerre en Ukraine cache votre volonté d’exterminer tous ceux qui sont réfractaires à votre maintien au pouvoir. Contrairement à ce que votre régime veut faire croire à l’opinion, ces équipements ne sont pas destinés au contingent militaire gabonais en République centrafricaine. Le conflit y est terminé et l’acquisition de ces  armes ne se justifie plus. Ne cherchez pas à mettre le pays à feu et à sang parce que votre règne est terminé. « Si tu as fini de boire de l’eau, ne trouble pas la source pour les autres », me conseillait mon pépère.

La lettre de votre ministre de la Défense nationale, n°00000943 MDN/CAB/CD datant du 23 mars 2016, adressée à son collègue des Transports fait état d’une commande destinée à renforcer les capacités opérationnelles de la Garde républicaine (GR). Il n’est nullement fait mention d’équipements de nos troupes affectées à la Minusca, mais uniquement de la GR qui, du reste, ne participe pas à l’opération engagée par l’Onu en Centrafrique. Avec ces équipements, vous voulez initier une bataille militaire qui plongera le Gabon dans le chaos. Mon papy disait : « Si tu vois deux boucs se battre près de ton tabac, c’est qu’ils veulent le gâter. »

La vraie liberté, la liberté intérieure, la liberté en conscience et la liberté de conscience, c’est la liberté de dire, en conscience, que votre règne est un échec et que le peuple gabonais ne peut plus tolérer l’intolérable. L’émergence, votre fameux slogan, est le fruit mauvais d’une société gravement malade. Votre dictature et votre autocratie maintiennent le peuple dans la misère et la répression. Pour justifier votre échec, vous leur inventez un prétexte. Je n’en suis pas étonné. Car mon aïeul disait : « Quand la tortue est dépassée par la marche, elle accuse la route de marcher. »

La crise profonde que traverse notre pays est de la responsabilité de l’oligarchie que vous y avez installée. Vos amis de la légion étrangère et vous, faites preuve d’ingratitude envers le peuple gabonais. Vous êtes comme des branches qui disputent à la racine la sève qu’elle tient d’elle. Je ne suppute pas que vous soyez un jour en train de subir le retour de la manivelle. Quand vous aurez été neutralisé, vous rendrez des comptes au peuple que vous opprimez aujourd’hui. « Lorsque la poule est attachée, le cafard lui demande des explications », aimait à dire mon grand-père.

Article publié le 13 Avril 2016

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