TRIBUNE LIBRE : Lettre au Chef de l’Etat

Posté le 04 Août 2015
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Jonas Moulenda

Jonas Moulenda

Par : Jonas Moulenda

Monsieur le Président,

Je m’invite de nouveau aujourd’hui chez vous, à travers cette philippique, pour vous dire ce que j’ai sur le cœur. Vous voudriez bien m’écouter, même si vous me prenez pour votre pire ennemi. « La bouche d’un vieillard sent mauvais, mais pas ses paroles », disait mon grand-père.

Depuis votre accession à la magistrature suprême, le climat sécuritaire se dégrade pour les journalistes, les opposants et activistes. Ceux-ci sont quotidiennement menacés, à défaut d’être envoyés ad patres par le biais du bouillon d’onze heures. Curieusement, vous vous taisez, à défaut de jubiler in imo pectore. C’est une attitude louche. Mon aïeul me faisait remarquer que « c’est le voleur de miel qui se lèche les doigts».

Vos collaborateurs pourchassent quotidiennement tous les empêcheurs de tourner en rond. Même sur la toile, ils leur envoient des menaces implicites. D’autres vont jusqu’à revendiquer l’attaque de certains intérêts des lutteurs. Ils agissent de la sorte parce qu’ils comptent sur votre protection. « Si tu vois la souris narguer le chat, c’est que son trou n’est pas loin », m’expliquait mon papy.

Les mauvaises langues disent que des barbouzes à votre solde sont actuellement en mission en France et aux Etats-Unis pour traquer vos détracteurs. Lorsque certains compatriotes les rencontrent, ils ne se privent pas de décliner l’objet de leur mission. Si c’est vraiment, vous qui les envoyez, cela relève de la mesquinerie. Mon grand-père me faisait observer que « l’aigle ne perd pas son temps à gober les mouches ».

D’après nos informations, vos sbires ont déjà planifié l’assassinat de plusieurs activistes et du député Alexandre Barro Chambrier parce qu’il a créé un courant à l’intérieur du Parti démocratique gabonais (PDG), au pouvoir. Une jeune femme avec qui le parlementaire a des atomes crochus aurait été mise à contribution pour lui nuire. La barbouze, actuellement en France, est sur le point de rallier le Gabon pour accomplir sa mission funambulesque. Votre pouvoir se rabaisse trop au point de se salir. « Celui qui se courbe trop montre ses fesses», aimait à dire mon grand-père.

C’est rageant de constater que votre régime a recours à des méthodes fascistes en plein 21esiècle. Ce n’est pas en procédant de la sorte que vous amènerez vos contradicteurs au conformisme et à vous suivre sans broncher. Vous vous trompez sur toute la ligne. Même si certains venaient à renoncer à la lutte et à rejoindre vos rangs, leur rendement ne serait pas optimal. Mon aïeul disait : « Le chien qu’on emmène de force à la chasse n’attrape pas le gibier. »

C’est une erreur que de penser que vous parviendrez à convaincre tous les Gabonais d’être d’accord avec vous. De même, vous vous gourez en voulant exterminer tous les empêcheurs de tourner en rond. Un lutteur est une Hydre de Lerne. On peut le tuer, mais on ne peut pas réussir à le faire taire. En voulant éliminer vos opposants, vous prenez le gros risque de voir pousser d’autres têtes rebelles. « Même si on empoisonne l’eau du marigot, on trouvera quand même de petits poissons vivants », disait mon papy.

Toutes vos machinations contre les partisans du changement ne sont pas pour redorer votre blason, terni par des scandales à répétition. Il faut arrêter ça ! Vous êtes dans une arène différente de celle des autres citoyens. Vous devez donc avoir une grandeur d’esprit. Ces méthodes ne vous grandiront jamais. C’est vous-même qui donnez du grain à moudre à vos détracteurs. Mon grand-père disait : «  Ce n’est pas la faute du miroir si les visages sont de travers. »

J’ai juste voulu vous rappeler vos responsabilités de garant de la paix et de la stabilité du pays. Si vos collaborateurs transforment le Gabon en Far West, c’est parce qu’ils ont reçu votre blanc-seing. Votre prédécesseur savait parfois taper du point sur la table pour ramener de l’ordre dans la maison. Mais tel n’est pas votre apanage. C’est à cause de tout cela que vous avez du mal à l’effacer de la mémoire de nombreux Gabonais. « Les traces de l’antilope n’effacent pas celle de l’éléphant », aimait à dire mon grand-père.

 

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