TRIBUNE LIBRE : lettre aux citoyens gabonais

Posté le 18 Jan 2016
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Jonas Moulenda

Jonas MOULENDA

Par : Jonas MOULENDA

Mes chers compatriotes,

Je vous invite à relayer cette lettre auprès de vos amis et connaissances, pour en assurer une large diffusion, par tous les moyens possibles. A tous les amateurs d’insultes, de grâce, abstenez-vous et servez-vous plutôt de votre cerveau à bon escient. Je ne suis certes pas un expert en sciences politiques, mais jepeux vous montrer la voie à suivre pour sortir notre pays du bourbier. « Le doigt ne boit pas le vin, mais il indique la buvette », disait mon grand-père.

Depuis l’avènement de la démocratie multipartite, nous avons ferraillé de tous les moyens pour déboulonner le système qui a pris notre pays en otage. Les opposants les plus charismatiques, Pierre-Louis Agondjé Okawé, Paul Mba Abessole, Pierre Mamboundou, André Mba Obame et tutti quanti ont tout fait. Sans succès ! L’alternance tarde à venir. Il nous faut donc désormais diversifier nos moyens de conquête du pouvoir. Mon aïeul disait : « On ne tue pas l’éléphant avec une seule flèche. »

Ne mettez pas les bâtons dans les roues à une révolution salutaire pour notre paysen cautionnant une mascarade électorale.Après cinquante ans de dictature, notre pays a besoin d’une véritable transition politique pour se créer de nouveaux repères. On ne doit donc pas accepter d’aller à une élection présidentielle qu’on sait gagnée d’avance par le système qui l’organise. C’est parce qu’ils sont à l’abri du besoin que certains leaders de l’opposition font le jeu du pouvoir qui les a engraissés. « Si tu vois le chien partager la viande, c’est qu’il est déjà rassasié de ce qu’il a dans son ventre», observait mon papy.

Concentrons-nous sur la destitution et la transition, deux objectifs qui importent pour libérer notre pays. Ils permettront l’élaboration d’une nouvelle Constitution, avant la refondation proprement dite de notre nouvel Etat. Au vu des compétences requises pour exercer la fonction de président de la République, le profil idéal de l’homme qui doit être choisi sera celui d’un homme intelligent qui allie à des compétences éprouvées en matière de défense et de sécurité une parfaite connaissance du fonctionnement du monde. « On ne donne pas l’épis de maïs à celui qui n’a pas de dents », disait mon grand-père.

Si nous nous mettons d’accord pour la destitution et la transition, nous pourrons, sans coup férir, nous débarrasser de ces métèques qui ont infiltré nos institutions. Se sentant démasqués et mal à l’aise dans ce système, ils s’écarteront d’eux-mêmes, comme l’huile se sépare de l’eau. L’entêtement de certains leaders politiques à aller à l’élection présidentielle avec Ali Bongo Ondimba a pour seule finalité de l’aider à se maintenir à la tête du pays. Ouvrons les yeux, bon sang ! Mon aïeul m’expliquait que « le cabri devient intelligent à l’endroit où l’on dépèce l’antilope».

L’emprise que les puissances étrangères peuvent avoir jusqu’ici sur une seule personne se trouvera diluée sur plusieurs personnes et deviendra moins forte. Cette dilution du pouvoir entre plusieurs mains nous rendra invulnérables et comme l’union fait la force, nous n’en serons que plus forts qu’avant. L’occasion nous est donnée d’inventer notre propre système de gouvernement, qui sied à notre culture et qui nous sortira enfin de l’ère dictatoriale. Ne donnez pas un chèque en blanc aux leaders politiques qui vont à contrefil de vos intérêts. « Le mouton n’aime pas celui qui lui crée des problèmes », me faisait remarquer mon papy, grand éleveur de son époque.

Le nom Gabon doit incarner tout ce qu’il y a de plus glorieux dans l’histoire de notre pays et qui a fait notre fierté avec un président empathique et non un monarque absolu, qui asservit son peuple et vit à ses dépens.Personnellement, je ne suis pas surpris de la posture de certains leaders politiques aujourd’hui. Ils se réjouissent du refus du dialogue politique national. C’est le propre des imposteurs. Ils privilégient toujours les intérêts partisans.Ceux du peuple importent peu pour eux. Je donne finalement raison à mon grand-père, qui s’interrogeait : « Si le cabri dit qu’il a mal aux dents, qu’est-ce que l’hyène a à y voir ? »

Vous soutenez ce complot national par votre silence complice, prenant partie pour des manipulateurs et des vendeurs d’illusions. Contrairement à ce à quoi on s’attendait, c’est une partie de l’opposition qui est en train de faire le lit à Ali Bongo Ondimba. J’invite le peuple gabonais à sortir de son silence, à dénoncer et à condamner les forfaitures, l’injustice et les mensonges. Les jeunes notamment doivent éviter de se faire manipuler par une bande de mafieux qui les utilisent à leurs fins. « Le python commence par te lécher avant de t’avaler », me prévenait mon papy.

Mes chers compatriotes, la destitution et la transition constituent la seule voie qui nous conduira vers la stabilité, la paix et l’indépendance nécessaires pour un développement conforme à nos valeurs. Le Premier ministre français, Manuel Valls, a reconnu samedi soir qu’Ali Bongo Ondimba n’a pas été élu en 2009. Alors, destituons-le ! Je préfère avoir raison de mon vivant qu’être idolâtré une fois mort. L’histoire est pleine de personnes qui ont été combattues pour leurs idées de leur vivant et qui ont été réhabilitées après leur mort.« C’est lorsqu’un arbre tombe qu’on mesure sa grandeur », disait mon aïeul.

Article publié le 18 Janvier 2016

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