TRIBUNE LIBRE : Lettre aux sages du Gabon

Posté le 18 Avr 2016
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Jonas Moulenda

Jonas MOULENDA

Par : Jonas MOULENDA

Messeigneurs,

Je me tourne vers vous aujourd’hui parce que la situation de notre pays est très grave. Les dépositaires de la sagesse que vous êtes se doivent de tout mettre en œuvre pour déjouer le scénario catastrophique minutieusement préparé par Ali Bongo Ondimba. Comme tout dictateur en fin de règne, il a l’intention de mettre le chaos dans le pays. « La tortue ne meurt pas dans le feu sans éparpiller les braises », me faisait observer mon grand-père.

Vous, sages du Gabon, alors que vous aviez tracé la perspective d’un pays libre, vous ne pouvez pas être insensibles aux messages de nos ancêtres et aux immenses souffrances de vos compatriotes. La perspective que le régime dictatorial d’Ali Bongo Ondimba décide de charger sur le peuple en révolte est de jour en jour plus plausible. Cet homme est devenu un danger public qu’il convient vite de neutraliser. Il l’aura mérité. Mon aïeul disait : « Le python qui passe la nuit dans le poulailler finit par être tué. »

Vous, sages du Gabon, vous savez que la liberté, l’égalité et la fraternité sont désormais l’apanage d’une minorité privilégiée et nantie. Vous savez qu’après plusieurs décennies de lutte héroïque pour conquérir sa liberté, le peuple gabonais est menacé par un dirigeant aux appétits politiques boulimiques. Vous êtes conscients qu’Ali Bongo Ondimba veut se maintenir au pouvoir par la force. Sachez que cet homme fourbe, à la tolérance hypocrite, est doté d’une grande capacité de nuisance. « Si  tu dis que le chat n’est pas la panthère, tel n’est pas l’avis de la souris », disait mon papy.

Vous, sages du Gabon, vous savez que près d’un millier de citoyens sont déjà morts dans les crimes rituels depuis l’accession par la force d’Ali Bongo Ondimba à la magistrature suprême en 2009. À ce terrible bilan s’ajoutent des centaines de disparus, dont les familles ne savent pas ce qu’ils sont devenus et qui ne reviendront probablement jamais. Un tel dirigeant ne mérite pas d’être gardé à la tête du pays. Mon grand-père disait : « L’oiseau qui aime manger les petits des autres ne fait pas son nid auprès d’eux. »

Vous, sages du Gabon, savez que la pratique de la répression policière est devenue systématique dans notre pays, qu’elle s’est exercée sur des enfants et des adolescents, que des jeunes et adultes sont emprisonnés, des hommes et des femmes sont torturés ou violés sur instructions de ce régime criminel. Vous savez qu’Ali Bongo Ondimba se sert de la justice et des moyens de l’Etat pour nuire à tous ses adversaires. « Chaque fois que le temps a fait croître un bâton, au bout du bâton, l’homme a mis une lance », a dit Al Mutanabbi.

Vous, sages du Gabon, votre silence risque d’être interprété comme une complicité. Pourtant, vous savez ce qui se profile à l’horizon. Vous avez même le pouvoir de décrypter les signaux envoyés par nos ancêtres. Ceux-ci sont fâchés. Ils vous pressent de mettre en quarantaine Ali Bongo Ondimba pour son sacrilège et son compagnonnage avec son sulfureux gourou Maixent Accrombessi. Vous savez l’ingérence irréfléchie et néfaste de ce dernier dans les affaires gabonaises, ainsi que son goût pour les postures avantageuses. Mon pépère disait : « Si tu vois un pangolin au pied d’un arbre, c’est qu’il y a des fourmis. »

Vous, sages du Gabon, savez que le pays traverse une crise sans précédent et que la ligne rouge a déjà été franchie. Vous savez que le régime dictatorial qui gouverne notre pays s’approvisionne massivement en armes et en logistique pour massacrer les civils, comme en 2009 à Port-Gentil. Cessez d’obéir à un adolescent politique qui n’a pas d’égards pour vous. C’est à cause de vos salamalecs qu’il vous méprise. « Si tu appelles ton fils mon commandant, il reviendra te demander l’impôt », m’avertissait mon pépé.

Vous, sages du Gabon, savez que si par malheur Ali Bongo Ondimba devait in fine se maintenir au pouvoir, une vengeance aveugle et destructrice ne manquerait pas de s’abattre sur les opposants et que c’en serait fini de tout espoir de paix et de démocratie dans notre pays. Vous avez donc intérêt à œuvrer à brève échéance pour sa chute pour éviter des représailles. « Qui tue un lion en mange. Qui le blesse est mangé », me prévenait d’ailleurs mon aïeul, grand chasseur de son époque.

Vous, sages du Gabon, savez que la colère des Gabonais et des ancêtres monte chaque jour. Alors, il vous appartient de profiter de ce formidable potentiel jusque-là contenu, porteur de toutes les énergies de refondation et de libération de notre pays. La jeunesse ne vous a pas attendus pour agir. Il est temps que vous cessiez de l’observer comme on contemple une curiosité derrière la vitre d’un aquarium. « De longues lianes ne suffisent pas pour construire une case, il faut aussi des courtes pour parfaire les angles », disait mon grand-père.

Article publié le 18 Avril 2016

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