TRIBUNE LIBRE : Pierre Péan «Le président gabonais n’est pas le fils biologique d’Albert Bongo et de Joséphine Kama »

Posté le 07 Oct 2015
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Pierre Péant

Pierre Péant

Propos recueillis par : Désiré Ename

Cette déclaration de Pierre Péan, est caléé dans la logique argumentaire de son ouvrage « Nouvelles Affaires africaines. Mensonges et pillages au Gabon ».

Echos du Nord : Après l’authentification par Nantes de l’acte de naissance d’Ali Bongo et les déclarations officielles, gabonaises et françaises, qui l’ont suivie, reconnaissez-vous vous être lourdement trompé dans « Nouvelles Affaires africaines » ?

Pierre Péan : Non ! Je persiste et signe. Le président gabonais n’est pas le fils biologique d’Albert Bongo et de Joséphine Kama. Il n’est pas né le 10 février 1959 à Brazzaville, mais dans la province biafraise du Nigeria. Et est arrivé à Libreville en septembre 1968.

Echos du Nord : Mais vous n’avez pas de preuves !

Pierre Péan : Mon enquête était très sérieuse, permettant, me semblait-il, d’emporter l’intime conviction. Elle comportait toutefois une faiblesse : un des principaux organisateurs de l’arrivée d’Ali dans le couple Bongo avait refusé d’être cité nommément. Et comme je respecte le off, son témoignage était resté anonyme…Mais je viens de trouver deux documents qui confortent mes affirmations et mettent à mal les affirmations nantaises et gabonaises, sauf à croire à la sorcellerie génétique.

Echos du Nord : Quels documents ?

Pierre Péan : Le premier est archivé dans l’île de la Cité, à Paris, dans le dossier déposé au greffe du tribunal de commerce de Paris, le 30 octobre 1998, par Annick Bongo, la sœur d’Ali, arrivée elle-aussi du Biafra en 1968, mais que ses parents biologiques ont retrouvée, qui partage son temps entre le Gabon et le Nigeria et qui s’est mariée avec un Nigérian. Elle a décliné son identité pour créer la Société civile immobilière « La Reine », dont le siège est 7, rue François 1er, à Paris. Société dont l’objet social est « l’acquisition et la gestion sous, toutes ses formes, de tous biens et droits immobiliers ». Que dit Annick Bongo de son identité ? Elle a déclaré être née à Franceville le 4 juin 1959. C’est-à-dire que, selon cette déclaration, Annick est née moins de quatre mois après Ali, si l’on se réfère à la date de naissance de ce dernier telle qu’elle figure dans la transcription nantaise de l’acte d’état-civil congolais ! Joséphine Kama, sa mère, aurait donc défié les lois de la génétique…

Echos du Nord : Ce n’est qu’une déclaration n’engageant que la gérante de la SCI « La Reine »…

Pierre Péan : J’ai trouvé un autre document qui explique et justifie sa déclaration…

Echos du Nord : Lequel ?

Pierre Péan : Annick a « bénéficié » d’un faux grossier du même type que celui qu’Ali avait fait fabriquer à la mairie du 3e arrondissement de Libreville pour se présenter aux élections de 2009. Ce document se présente comme une copie certifiée conforme d’un acte de naissance établi à Franceville le 10 juillet 1959, après déclaration de Joséphine Kama, selon laquelle elle avait accouché 35 jours plutôt à la maternité de Franceville, d’une petite Okonkwo Annick Ngozi. Outre l’enregistrement de la sœur d’Ali sous un patronyme nigérian, l’acte mentionne que Joséphine Kama est domiciliée à Franceville, alors qu’elle vit à Brazzaville dans le quartier de Poto Poto, comme il est indiqué dans son acte de mariage du 24 octobre suivant, que j’ai également récupéré. Il est écrit que le père est Albert Bernard Bongo, alors qu’à l’époque il ne s’appelle qu’Albert, comme le prouve son acte de mariage. Il est écrit qu’Albert Bongo exerce la profession d’administrateur civil à Libreville, alors qu’il est militaire français à la Base aérienne 170 à Brazzaville. Ce document a été authentifié le 16 juin 1993 par Jules Aubiang-N’Guema, maire-adjoint du 1er arrondissement de Libreville.

Echos du Nord : Comment expliquez-vous l’acte nantais ?

Pierre Péan : J’imagine que le fonctionnaire qui a eu entre les mains l’acte d’état-civil qui figure bien dans un registre d’état-civil de Brazzaville a été au minimum candide. Il a tenu pour vrai un document, certes bien imité, mais dont au moins deux éléments auraient dû provoquer sa méfiance. L’acte ne porte que la signature de Bongo et non celle de l’officier d’état-civil. Et si on compare sa signature à celle figurant dans l’acte de mariage établi huit mois après la naissance d’Ali, on ne peut que constater une très grande différence. La signature figurant sur l’acte de naissance ressemble à celle d’Omar Bongo que l’on retrouve sur les documents présidentiels, bien des années plus tard. Le fonctionnaire aurait pu également se poser des questions, en lisant minutieusement l’acte de mariage d’Albert Bongo et Joséphine Kama. Il est en effet écrit que le militaire Albert Bongo s’est marié avec l’autorisation du lieutenant-colonel Farcot, commandant la Base aérienne 170. Ce dernier aurait-il autorisé son subalterne à se marier avec une petite fille d’à peine 15 ans ayant déjà eu deux enfants en moins de quatre mois, dont Annick, trois mois avant le mariage ?

Echos du Nord : Quelles conclusions tirez-vous de vos documents ?

Pierre Péan : Ce n’est pas à moi de les tirer. Je crois néanmoins qu’ils font plus que fragiliser les arguments développés sur sa filiation par le président gabonais, sa famille et son entourage.

Article publié le 07 octobre 2015

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