ABO FAIT LA LOI

Union Nationale
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« La volonté d’ABO est précise, il ne s’agit pas de réhabilitation de l’UN. Mais de ses responsables. »

 

 

L’annonce de la future révision de la loi sur les partis pousse à la réflexion, notamment sur la sincérité de la démarche de la part du pouvoir dont le but n’est certainement pas de donner un coup de pouce ni aux membre de l’UN ni à ceux du Front dont on sait qu’ABO les classe sans aucun doute parmi ceux « qui ne respectent, ni les institutions de la République, ni ceux qui les incarnent… qui violent délibérément les lois de la République; posent des actes de défiance à l’autorité de… » (31 décembre 2014). Comme l’écrivent déjà certains analystes, l’adoption par le dernier Conseil des ministres du projet d’ordonnance portant modification de certaines dispositions de la loi relative aux partis politiques vise essentiellement à n’ « assouplir [que] les sanctions frappant les membres fondateurs ou dirigeants d’un parti politique dissous ». Dans quel sens ? Pour sa magnanime petite majesté qui nous rappelle son rôle de « … garant politique de la Constitution… », elle « assimile cette interdiction à une mesure permanente… » Il était donc question, ce 31 décembre, de s’engager, pour sortir de cette permanence, à instruire « le Gouvernement et le Parlement de procéder à la modification de cette disposition légale en prévoyant, par exemple, des délais fixant la durée de cette interdiction selon les cas. » La volonté d’ABO est précise, il ne s’agit pas de réhabilitation de l’UN. Mais de ses responsables. La réaction du porte-parole du Front, François Ondo Edou, avant même la tenue du Conseil des ministres qui a adopté le projet d’ordonnance, ne s’est pas fait attendre. Dénonçant, à juste titre, l’anticonstitutionnalité de l’acte de dissolution de l’UN, il a exigé la levée de cette mesure qui n’existe pas dans la loi fondamentale gabonaise. Pour François Ondo Edou, « la solution pour un règlement… [est] la réhabilitation de l’UN ».

Le nœud de l’affaire est donc là. Et on saisit bien qu’en réhabilitant l’UN, le pouvoir aiderait le paquebot AMO à se libérer des amarres qui le retiennent en cale sèche dans les bassins d’ABO, depuis quelques années déjà, et à reprendre sa marche pour la conquête du pouvoir. Et, qui plus est, de manière unitaire, surtout si AMO donne de la voix pour fixer le cap. Mais est-ce là vraiment l’intention de sa petite majesté ? Il est à parier que non. Il lui serait plus avantageux d’organiser, même sans l’annoncer, le démantèlement du vaisseau et de pousser l’équipage de l’UN à sauter par-dessus bord, bardé chacun de ses ambitions personnelles, pour leur lancer des bouées de sauvetage. L’état actuel de cette formation donne à penser qu’ABO et ses fidèles sujets sont convaincus de pouvoir profiter d’une situation où, selon eux, les multiples personnalités de l’UN sont susceptibles d’exacerber leurs individualismes au détriment des nécessités de fédération. Mais si l’option de l’autodestruction ne s’avère pas, il faut bien s’attendre à ce que sa petite majesté s’active pour empêcher tout regroupement autour de l’UN. C’est bien pourquoi, il est difficile d’accréditer les thèses des thuriféraires de « La Griffe » qui, sans sourciller, affirment que « la réhabilitation de l’ex-UN ne pose pas de problème. » Elle ne peut que poser des problèmes à ABO, dans la mesure où peu sauteront officiellement du paquebot AMO remis à l’eau, de peur d’être soupçonnés de vouloir rejoindre le bord…de mer. En revanche, une UN toujours interdite et ses leaders libres à nouveau de « devenir responsables d’une autre formation politique » représentent des conditions qui permettraient désormais aux ambitions internes – et elles existent chez les compagnons de Myboto – libérées de s’affirmer, puis de …s’entrechoquer. Et lorsque l’huître et le héron sont aux prises, le pêcheur en profite.

L’UN et le Front ont tout intérêt à vider ensemble et au plus vite la question de l’unité. La désorganisation de l’UN augmente le risque de dilapider son capital d’adhésion accumulé depuis maintenant 5 ans et sur lequel le Front ne saurait cracher. En revanche, une éventuelle désagrégation du Front, qui rassemble, de Jean Ping à Philibert Andzembe en passant par Benoît Mouity Nzamba, Didjob Divungi Di Ndinge, Pierre-André Kombila Koumba, Fulbert Mayombo, Malolas et autres, aurait pour effet de saboter la crédibilité nationale de l’UN acquise au détriment d’un pouvoir en place dont même la légalité se réduit, chaque jour un peu plus, comme peau de chagrin. Un pouvoir qui a en face de lui tout un peuple. Une opposition qu’il est désormais contraint de cribler de balles, d’emprisonner, de traîner devant les tribunaux, d’intimider et d’assassiner. Des syndicats qui exigent toujours un peu plus. Une jeunesse qui est rentrée en guerre contre lui. Un nombre croissant d’éminentes personnalités de son parti, le PDG, qui, ouvertement et discrètement, ne font que se démarquer de lui soit pour rejoindre le Front, soit pour lui faire un bébé dans le dos. Sans oublier une communauté internationale qui – sauf Madame Akuettey des USA, pardon (sic !!!) –, l’œil en coin, le range progressivement dans l’Acropole politique des vestiges d’un temps révolu. Son dernier séjour à l’UA n’a pas dû être totalement étranger à cette annonce de révision de la loi n°24/96 du 6 juin 96 relative aux partis politiques.

Certains observateurs de la vie politique au Gabon prédisent qu’à « moins de deux ans de l’élection présidentielle » l’opposition, dans l’impasse, selon eux, risque d’être emportée par la bataille de ses égos. C’est en tous cas le souhait légitime des partisans d’ABO. Et ils pourraient le voir se réaliser si la question de l’avenir de l’UN est abordée par ses militants indépendamment de celle du Front ou l’inverse. L’avenir de ces deux structures est consubstantielle de la nécessité de s’entendre sur un projet de société commun, de déterminer qui sont les amis et qui sont les ennemis pour le faire aboutir, de statuer sur l’utilité d’avoir un seul, deux ou plusieurs partis. Ou encore de faire du Front ce seul parti, de régler la question du candidat unique du Front pour l’élection présidentielle prochaine. Paraphrasant Eleanor Roosevelt, sa petite majesté, le 31 décembre 2014, s’est fait philosophe : « Les grands esprits discutent des idées ; les esprits moyens discutent des événements ; les petits esprits discutent des gens ». Si la presse du pouvoir qui ne cesse de pavoiser à la seule idée que le Front va s’empêtrer dans « la bataille des égos » sait au moins où se ranger, les forces de l’opposition, quant à elles, ne doivent pas ignorer qu’elles pourraient être précipitées dans l’urgence de ces débats de fond. A suivre.

Stephen Jean Landry