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TRIBUNE : Jean de Dieu Moukagni-Iwangou : « Le Pouvoir s’échine à convaincre sur l’état de droit au Gabon ».

TRIBUNE : Jean de Dieu Moukagni-Iwangou : « Le Pouvoir s’échine à convaincre sur l’état de droit au Gabon ».

Mouckagni Iwangou, président de l'une des ailes de l'UPG

Propos recueillis par : Imony Kombile Giowou

Dans l’optique d’éclairer l’opinion sur certains points de la vie politique gabonaise, Jean de Dieu Moukagni Iwangou, président de l’aile loyaliste de l’Union du peuple gabonais (UPG) et président en exercice du Front uni de l’opposition pour l’alternance, s’est prêté aux questions de votre journal en ligne échosdunord.com, portant sur des préoccupations d’actualité.

E.N.COM : Peut-on considérer le rapprochement entre le Front et l’UFA comme le début du processus de désignation du candidat unique de l’opposition à la présidentielle de 2016 ?

J.D.M.I : Ayant l’alternance en partage, il tombe sous le sens que le Front et l’UFA étaient en devoir de coordonner leurs actions respectives, à partir d’un socle commun. C’est un donc un rapprochement objectif qui invitait ces deux entités, qui ne pouvaient plus s’ignorer plus longtemps, alors même que tout, absolument tout les rapprochait. Je suis heureux et fier d’avoir modestement contribué à réaliser cet objectif, qui relevait de l’attente de nos nombreux gabonais. Je suis heureux de l’avoir réalisé aux côtés du Président Mouity Nzamba, une personnalité emblématique s’il en est, un fervent militant de l’unité des forces de l’opposition.

E.N.COM : Jean Ping a été condamné dans l’affaire l’opposant à Opiangah. Par contre, l’enquête sur les actes de vandalisme contre la résidence privée de M. Ping, dans laquelle était cité le nom d’Opiangah,  n’a toujours pas abouti.

J.D.M.I :C’est l’expression la plus achevée de l’instrumentalisation de la justice, au cas où des personnes en douteraient encore. Mais on doit aller plus avant, et donner tous les contours sur ce qu’il convient désormais d’appeler le précédent Ping, pour édifier les gabonais sur la dimension réelle sur laquelle la justice à décidé de se mettre en caricature.

Trois cent jeunes, peut être un peu plus peut être un peu moins, sont débarqués aux charbonnages par bus entiers, sous le prétexte de prendre part à un meeting organisé par le Parti Démocratique Gabonais.

Ils descendent chez Jean Ping. Ils sont encadrés par la Police. Sur leur route, ils trouvent des gendarmes en faction dans les environs immédiats de la résidence de Jean Ping.

Alors que d’ordinaire, la présence du gendarme marque le début de la sagesse, ces jeunes ne sont dissuadés, ni par la présence de la police, ni par celle de la gendarmerie. A s’y méprendre, ils en sont presque galvanisés.

Ils exercent leur action punitive dans ces conditions-là, et ne sont arrêtés, ni par la Police ni par la gendarmerie. Bien au contraire, ils sont libérés par ces deux entités, lorsque en détresse et totalement acculé, Ping appelle des militants à son secours, qui parviennent à arrêter certains d’entre eux.

Pour ceux qui ont été livrés à la Police, parmi lesquels ceux qui, à la demande de la presse, ont fait des aveux circonstanciés sur le commanditaire, c’est un silence assourdissant, que vous constatez vous-même, mais que constate aussi la communauté internationale, que le Pouvoir s’échine à convaincre sur l’état de droit au Gabon.

E.N.COM : Mme Paulette Missambo sera une fois de plus entendue par la Police judiciaire ce mardi 16 juin, dans le cadre des malversations supposées relatives à l’organisation des fêtes tournantes de l’indépendance. Or, la société qui avait en charge le marché, Africa forage, compte parmi ses actionnaires Delta Synergie, dont la part importante du capital est aux main des tenants du pouvoir.

J.D.M.I : Sur cette question, je vais entrer en vérité comme d’autres entrent en christ. Je vais vous ouvrir mon cœur, et vous parler en toute franchise.

Lorsque Jean Eyeghe Ndong avait été convoqué pour des faits similaires concernant les fêtes tournantes dans la province de l’Estuaire, qu’il avait menacé de dire la vérité pendant qu’Ali Bongo Ondimba appelait à l’union sacrée autour de la transparence dans la gestion des deniers publics, j’avais clairement indiqué que je n’entendais pas faire de concession à la vérité. Autant je demandais à Jean Eyeghe de dire la vérité, et non de menacer de la dire, autant j’invitais Ali Bongo Bongo à montrer l’exemple, en faisant la lumière sur les biens mal acquis.

A ce jour, je note que ni l’un, ni l’autre n’ont franchi le rubicon de la vérité.

Pour ne pas rester dans les effets d’annonce, j’ai saisi la Haute Cour de Justice, et par ce fait, offert à Ali Bongo Ondimba l’occasion de se laver devant les juges de cette charge afflictive et infâmante qui pèse sur sa personne, du fait de sa situation administrative.

En vérité j’attendais deux choses de sa part, qui m’auraient fait reculer, et peut être même, me faire renoncer à poursuivre les différentes saisines.

J’attendais en premier lieu, qu’en toute bonne foi, monsieur Ali Bongo Ondimba honore le Pacte républicain en se présentant devant son juge naturel, en l’occurrence, la Haute Cour de justice.

En faisant l’élégance au petit citoyen que je suis, et en honorant le Pacte républicain qui est le réceptacle de notre communauté de destin, il aurait marqué un grand coup et m’aurait mis en difficulté.

En s’abaissant devant la constitution et devant les hommes, il aurait été relevé en grandeur dans tous les cœurs et devant l’histoire, parce qu’en toute chose, l’humilité a toujours précédé la gloire.

J’attendais en second lieu qu’il fasse amende honorable devant la nation tout entière sur sa situation administrative. En assumant en vérité sa filiation réelle, qui est dans l’esprit de tous les gabonais, mais en prenant chaque compatriote à témoin, sur la volonté d’Omar Bongo à l’associer à la construction de ce pays, qui lui a tout donné, et qu’il veut servir, avec la passion filiale de tout enfant, et peut être avec une maladresse propre à tous les jeunes, il m’aurait personnellement fait reculer, et je suis certain, aurait refait sa relation avec chaque gabonais, dont je connais l’humanisme.

En lieu et place, il s’est engagé dans une grossière campagne de communication, dans laquelle les erreurs de langage le disputaient avec la manipulation de très bas étage. Sur ce registre, le comble du comble avait été atteint avec le journal le Monde, choisi par lui-même pour édifier la terre entière, qui s’est plutôt convaincu de tout le contraire, devant le caractère surréaliste des montages publiés.

Aujourd’hui, Ali Bongo Ondimba a rabaissé la fonction présidentielle dans des profondeurs rarement atteintes. La parole présidentielle s’est démonétisée, partout, son image est traitée avec inconsidération, et chacun y va de son incivisme. C’est lamentable. Ce qui l’est encore plus, c’est toute l’autorité de l’Etat.

Aujourd’hui, il pense pouvoir affaiblir ses compagnons d’hier en rupture de ban, pour les fautes de gestion réelles ou supposées, en agitant le spectre des poursuites à leur égard.

En réponse, je prends la responsabilité devant la nation, de demander à ces personnalités de ne plus répondre aux convocations. Parce que c’est de la pure et simple diversion, sans lendemain.

Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler que les fautes alléguées ont été commises dans le cadre des fonctions gouvernementales de leurs titulaires, qui en cette qualité, ne peuvent répondre que devant la haute cour de justice.

Placé devant sa propre turpitude, et questionné devant sa bonne foi, j’invite monsieur Ali Bongo Ondimba à porter les habits du commandeur, en mettant en place la haute cour de justice, afin que la loi soit égale pour tous, selon qu’elle protège ou qu’elle sanctionne, et je m’inclinerai bien bas devant le Président de la République.

A défaut, j’insupporte au plus haut point que la distraction soit associée aux hommes que je côtoie. Ma responsabilité à la tête du Front me commande de montrer la voie aux personnes qui relèvent de ma juridiction.

E.N.COM : Le journal « L’Aube » est poursuivi par le président de la République pour diffamation. Votre regard sur ce feuilleton politico-judiciaire?

J.D.M.I : J’ai la plus grande sympathie pour la presse libre. C’est particulièrement inconvenant de se retrouver devant une telle situation. La république qui est l’espace des gens égaux ne peut admettre une telle réalité. C’est simplement ahurissant.

E.N.COM : Le tribunal de Libreville a récemment condamné à une peine d’emprisonnement avec sursis sieur Akassaga Okinda – proche d’Ali Bongo-, qui s’est rendu coupable de coups sur agent en uniforme. Votre avis sur cette décision, quand on sait que Kodia Nguimbi Nguimbi, militant de l’opposition, est, lui, incarcéré pour les mêmes faits ?

J.D.M.I : Pour la clarté des débats, nous sommes en présence de deux cas totalement opposés, qu’il est bon de présenter à l’opinion, parce que pour nous, la conscience est toujours à éclairer.

J’ai le plus grand respect pour les forces de sécurité, qui abattent un travail, à la fois délicat et difficile. Agissant principalement sur ordre, je connais la délicatesse de leurs missions, pour me laisser aller dans des critiques gratuites.

Pour ma part, je dis que les forces de sécurité sont au service de la loi. Elles assurent l’ordre public.

L’ordre public est un tout qui renferme, la sécurité publique, la tranquillité publique et l’hygiène publique.

Dans le cas de monsieur Akassaga, les agents accomplissaient une opération de police administrative, qui participe de la sécurité publique des usagers de la route.

En interpellant la compagne de monsieur Akassaga, qui s’est retrouvée au volant d’un véhicule en circulation sans justifier d’un permis de conduire, les agents ont, de manière fort légitime, pensé que la sécurité personnelle de cette dame, pour celle des autres usagers et surtout pour les piétons, il était urgent de prévenir tout danger, en lui interdisant simplement de rouler. Visiblement, mal leur a pris devant une mesure qui relève simplement du bon sens.

Dans le cas du jeune Nguimbi, il a eu le malheur de rencontrer un homme en civil, qui n’est donc pas en service, qu’il ignore être un officier de police. Il constate qu’en sortant d’un bar, ce monsieur urine contre le mur de la maison familiale.

A ce niveau, il n’échappe à personne, que ce monsieur commet une infraction à l’hygiène publique, et donc, porte atteinte à l’ordre public, en plus de l’incivisme.

A ce titre, il n’échappe à personne, que le jeune Nguimbi est parfaitement fondé à protéger la propriété familiale de toute salissure.

Ici nous sommes en présence d’un agent des forces de sécurité qui enfreint la loi, et qui refuse d’entendre raison, en frappant le jeune Nguimbi, dont le tort est d’avoir riposté, et de la sorte, d’avoir agi en situation de légitime défense.

Voilà les deux cas, que l’on ne doit pas assimiler. Aujourd’hui, Nguimbi est en détention pour avoir défendu l’ordre public. J’ai pris acte de la jurisprudence du Tribunal de Libreville au sortir du cas Akassaga. Tout naturellement j’attends la décision de justice.

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