TRIBUNE LIBRE : Lettre au Président de la République

jonas Moulenda
                        Jonas MOULENDA

Par : Jonas MOULENDA

Monsieur le Président,

Je vous écris de nouveau parce que vous persistez à dénier la souffrance de votre peuple et à vous vautrer dans un vague masochisme, qui s’exprime à travers vos agissements quotidiens. Tant que vous vous comporterez en dirigeant aboulique, vos concitoyens ne vous feront pas de cadeau. «On ne vend pas des bijoux en or à celui qui a les oreilles coupées», disait mon grand-père.

Le week-end écoulé, vous avez célébré, à grands coups de cymbale, le sixième anniversaire de votre accession, par la force, à la magistrature suprême. Fidèle à vos habitudes de blanc-bec, vous avez encore mobilisé du monde venu de tous les coins du pays pour fêter votre magistère, qui n’est en réalité qu’une descente aux enfers pour le peuple gabonais. Les observateurs avertis ne s’attendaient qu’à une telle aberration. Mon aïeul me faisait remarquer que «le chien ne change pas sa manière de s’asseoir».

Vous auriez pu nous faire l’économie de cette fête, votre mandat à la tête du Gabon n’étant qu’un flop. Depuis que vous êtes président de la République, par défaut, le pays va de Charybde en Scylla. Vos concitoyens vivent de plus en plus dans la précarité. Tout ce que vous faites n’est pas de nature à améliorer leur quotidien. Les grands chantiers que vous avez annoncés à grand renfort de publicité demeurent un véritable serpent de mer. Dans un tel dédale d’échecs, vous auriez pu vous limiter à une sorte de brainstorming. « On ne marche pas en regardant les étoiles lorsqu’on à un caillou dans sa chaussure», observait mon papy.

Dans votre volonté de reprendre la main, vous êtes allé à l’université Omar Bongo. Mais vous y avez été conspué par les étudiants, tel un pestiféré. Cette dégaine doit vous amener à réfléchir à une porte de sortie honorable. Vous prétendez être au service de la jeunesse. Maintenant que celle-ci vous a désavoué, il faut que vous partiez pour bien rester. Ne forcez pas les choses. Tout ce que vous entreprenez se solde par un échec. La réaction des étudiants vendredi est le signe patent de votre rejet par la jeunesse gabonaise. Mon grand-père disait : « Si tu vois un cheval avec son mors coupé, c’est qu’il a fait tomber un chef.»

Un grand homme doit savoir décrypter les signaux de la nature et prendre les dispositions qui s’imposent. Or, vous préférez vous arc-bouter sur une popularité en constante déplétion. De fait, tout va mal autour de vous. Vos piliers politiques vous tournent le dos chaque jour sans que cela ne suscite en vous une véritable introspection. Comme si cela ne suffisait pas, vous êtes allé vous pavaner à l’université. Où est la bibliothèque que les étudiants vous avaient demandée ? Le mérite de cette visite est de vous avoir permis de mesurer votre côte d’impopularité. Votre agitation donne du grain à moudre à vos adversaires et amuse ces derniers. « Qui nage à contre-courant fait rire les caïmans », m’expliquait mon aïeul, grand maître-nageur de son époque.

C’est curieux que vous ne puissiez pas vous amender après toutes les vérités qui vous sont dites par la presse, les opposants et les activistes. Quel cœur avez-vous ? Sur quelle planète vivez-vous pour ne pas entendre les jérémiades de vos compatriotes en détresse ? Finalement, vous avez pris le pouvoir par la force rien que pour réaliser vos rêves d’enfant gâté. Vous n’êtes porteur d’aucune ambition. En pleine crise économique, tout ce que vous trouvez à faire c’est organiser des fêtes dispendieuses. Même si vous minimisez les dépenses liées à tous ces événements, la population, elle, les trouve faramineuses. Mon papy disait : « Pour la fourmi, la rosée est une inondation.»

Sentant l’étau se resserrer autour de vous, vous êtes allé hier dans la province du Haut-Ogooué dont sont originaires vos parents adoptifs. C’était pour tenter de vous réconcilier avec les populations et les cadres du terroir que vous méprisez depuis votre accession à la tête de l’État. Je crains qu’il soit déjà trop tard pour vous. Car les positions se sont radicalisées. La population aspire au changement. Il vous est donc difficile d’amener les gens à rallier votre cause à la dernière minute. C’est depuis plusieurs années que vous auriez compris que ces gens sont utiles. « C’est l’arbuste que tu négliges qui te servira de corde», m’avertissait mon grand-père.

Par delà la fronde qui règne dans toutes les provinces du pays, vous devez comprendre que la position adoptée par vos compatriotes est un désaveu. Vous avez trop accumulé des fautes politiques aujourd’hui à l’origine de votre auto-flagellation. Les Gabonais n’ont aucune animosité à votre égard. Ils vous acculent seulement dans les cordes. Vous auriez pu profiter des récriminations qui fusaient de partout pour vous améliorer. Malheureusement, tel n’a pas été le cas. Vous vous êtes vautré dans une arrogance démesurée et inexplicable. Or, comme disait mon aïeul, « au sourd, les yeux servent d’oreilles ».

Monsieur le Président, retenez que les Gabonais ne veulent plus vous avoir comme dirigeant. Votre bilan à la tête du pays est nul et ils vous le disent chaque jour par le biais de différents canaux de communication. Si le plus important pour vous est d’être appelé « Monsieur le Président », alors devenez président de votre famille. Si vous cherchez des piliers, confiez cette mission au cénacle que vous engraissez avec l’argent du contribuable. Ne demandez pas à d’autres personnes de vous défendre. «Lorsque les chiens s’accouplent, ce n’est pas aux chacals de trépigner», disait mon papy.

Article publié le 21 octobre 2015

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