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    EDITORIAL : Nantes le devoir de vérité

    Désiré Ename
    Désiré Ename

    Par : Désiré Ename

    Nous sommes obligés de revenir sur la question de Nantes, une fois de plus, cette semaine. Parce que nous avons observé que de nombreux Gabonais sont accrochés à l’éventuelle réponse qui sortirait du service des archives de Nantes et confiée à Onaïda Maïsha Bongo Ondimba. Aussi parce que nous nous rendons compte que de nombreuses questions sont adressées à cette dernière et à ses parents. A savoir, est-elle allée consulter le fichier ? Est-elle en possession du document ? Que disent les Myboto ? Ne sont-ils pas en train de négocier, car on a vu tel ou tel à Libreville ? Etc. Certains dans leurs interrogations s’avancent ainsi dans des spéculations qui ne tiennent sur rien du tout ; d’autres fondent leurs certitudes sur le seul fruit de leurs pensées. Quelques magiciens dans ce lot prétendent savoir exactement ce que le Quai d’Orsay a arrêté sur cette affaire. Naturellement, Laurent Fabius, chef du département des Affaires étrangères, qui chapeaute Nantes, perçu comme un proche de sa petite majesté Ali Bongo Ondimba, viendrait au secours de son « poulain ». Et tout y passe.

    Sauf que dans toute cette panoplie, on ne se pose pas toujours la ou les bonnes questions. La première se rapporte aux motivations de la décision de Nantes. Pourquoi le juge de l’état civil a-t-il interdit à Onaïda de rendre publiques les informations qui seront en sa possession ? Etait-ce pour le seul souci de préserver la vie privée de sa petite majesté et son« demi-frère » ? Où cette précaution est-elle pour anticiper sur la vérité qui se trouve dans les archives de Nantes ? Bien entendu, loin des rêvasseries d’une somnambulesque presse présidentielle.

    Une autre question fondamentale que les Gabonais doivent se poser est : qui d’Onaïda, des Myboto, comme certains avancent ce nom à tue-tête, ou d’Ali Bongo Ondimba, petite majesté tropicale, est directement interpellé par le devoir de vérité sur l’état civil du chef de l’Etat? Pour anecdote.

    La droite radicale avait ouvert le débat sur l’authenticité de la naissance sur le sol américain de l’actuel président, Barack Obama, une des conditions principales pour briguer le suffrage universel aux Etats-Unis. Ce dernier ne se fit pas prier. Il demanda prestement qu’une commission indépendante fût constituée par cette droite radicale sans y interférer ; elle irait ainsi enquêter à Hawaï, où il est né le4 août 1961. Ce qui fut fait. Quelque temps après, la commission mise en place et sur laquelle le président des Etats-Unis, faut-il le redire, n’avaient aucun contrôle, viendra rendre ses conclusions à tous les Américains. Ils avaient bien trouvé les documents attestant de l’authenticité de la naissance de Barack Obama sur le sol américain. Même s’il savait ce débat tant ambigu que désuet, il se prêta à ce jeu de transparence juridique. C’est ce qu’on attendait de sa petite majesté tropicale, pourtant docteur en droit. A partir de là, Onaïda n’a aucune responsabilité publique à faire le travail de recherche et de compte rendu aux Gabonais, en toute transparence, qui incombe à Ali Bongo Ondimba lui-même. Ce n’est qu’à ce dernier que revient le devoir de clarté sur la situation de son état civil en tant que première institution du pays. Les Gabonais qui acculent ou attendent des réponses d’Onaïda aujourd’hui se trompent de cible.

    C’est sur sa petite majesté tropicale que les pressions doivent s’exercer. Sa déclaration de naissance à Brazzaville exige de lui des preuves concrètes sur ses affirmations. Tout comme il doit s’expliquer sur les motivations qui l’ont amené à se faire faire un faux acte de naissance en 2009. Sachant qu’il en avait un à Brazza; sachant l’existence des archives de Nantes.

    D’aucuns ont qualifié un tweet d’Onaïda de « coup de gueule mal placé ». Pour avoir répondu, en substance, à ceux qui l’acculent et suspectent ses parents de choses et d’autres sans fondement, que si les uns et les autres passaient plus de temps à agir plutôt qu’à parler, on serait loin. Nous y avons vu un appel à la prise de responsabilité lancé aux uns, « les opposants sur facebook », et aux autres, « les médisants », à s’engager. Mais que ni elle, ni Moukagni Iwangou, ni Myboto, ni Luc Bengono Nsi, ni l’article 10 de la Constitution, ni l’une des personnalités qui ont été aux avant-postes de cette bataille n’en deviennent les souffre-douleur. L’exigence de clarté de l’état civil de celui qui incarne la première institution de la République doit être portée par tous. Cette affaire pose à la fois un problème légal et moral au plus haut niveau de l’Etat. L’égalité de tous devant la loi qu’il clame le concerne autant que le citoyen Tartempion. Un problème moral, parce qu’il est inconcevable que le premier magistrat de la République soit entaché de pratiques frauduleuses. Voilà pourquoi Moukagni Iwangou, tout comme la charte du Front, a posé comme préalable (Article 3) la destitution si cette situation n’est pas clarifiée. L’article 98 alinéa 4 de la loi N°21/63 du 31 mai 1963 portant Code pénal dispose : « Sera puni d’un emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 24 000 à 360 000 francs, ou de l’une de ces deux peines seulement, quiconque : – se sera, à l’aide des déclarations frauduleuses ou de faux certificats, fait inscrire, ou aura tenté de se faire inscrire indûment sur une liste électorale, ou encore aura fait inscrire ou rayer ou tenté de faire inscrire ou rayer indûment un citoyen. » Or, sa petite majesté a concouru sur la base d’un acte contesté. Du coup, ses multiples inscriptions antérieures sur les listes électorales sont sujettes à un questionnement sérieux. Les textes sont pourtant clairs.

    Il est temps de coller son nom, non pas sur une page Facebook, mais à un acte salutaire pour le Gabon. Le principal aujourd’hui étant d’exiger à sa petite majesté d’exhiber, non pas le fruit de sa recherche personnelle, mais celle d’une commission indépendante comme Barack Obama, son acte de naissance.

    Onaïda a la contrainte du tribunal de Nantes de garder par-devers elle les informations qu’elle aura en sa possession. Les Gabonais ont, eux, l’obligation d’exiger du premier magistrat de la République le devoir de vérité sur son acte de naissance. La patrie attend de ses fils et filles qu’ils fassent appliquer la loi au plus haut niveau et restaurer la morale comme première valeur au sommet de la République. A la semaine prochaine.

    Article publié le 30 Novembre 2015

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