EDITORIAL : ABO et ses suivistes…

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Désiré Ename

Par : Désiré Ename

Ali Bongo Ondimba, sa petite majesté (SPM) tropicale, vient de servir au peuple gabonais un message abject, par son cynisme, sa démagogie, et mensonger à chaque ponctuation.

L’Etat-SPM-ABO se porte bien, a-t-on entendu. Il a, pendant six ans, engrangé de bons résultats dans nombre de secteurs. Poussant sans états d’âme un « même si beaucoup reste à faire ». Nous n’égrainerons pas ces secteurs qui se portent si bien. Vous renvoyant simplement à l’analyse de Stephen Jean Landry, notre chroniqueur politique, ci-contre. Mais à sa petite majesté tropicale, le reflet de son tableau est si bien renvoyé par la déclaration du rassemblement Héritage et Modernité (H&M) du 27 juin 2015, pour lui dire que, sur toute la ligne, il a menti.

Il a menti sur la stabilité politique et la possibilité que les prochaines élections se fassent dans la sérénité. Qu’en a dit H&M : « Dans notre pays, le climat politique s’est extrêmement dégradé, avec une classe politique binaire, vautrée dans des certitudes manichéennes au rebours de nos traditions de dialogue et en attente d’un hypothétique grand soir. » Une situation « opportunément mise à profit par des phalanges profito-situationnistes…».

Il a menti sur la sécurité des Gabonais et leur possibilité de s’épanouir dans le Gabon qu’il dirige. Non seulement au cœur du PDG où H&M a noté « un climat fascisant porteur de terreur », force est de reconnaître que ce climat est généralisé. Peu propice aux affaires, du reste confisquées par le cercle des proches et familial (la tentaculaire Delta Synergie). Quant à la prospérité et le bien-être social en bonne voie et seulement altéré par la crise pétrolière, il a aussi menti. H&M révèle que « ses phalanges d’habiles profito-situationnistes, aux chaussures enfoncées dans la boue des chemins tortueux de l’enrichissement astronomique sans cause… », ont trahi « nos concitoyens qui expriment sans cesse des attentes pressantes et légitimes sur les questions de la gouvernance de notre pays, sur la relance de l’investissement et de ses effets bénéfiques associés, notamment sur l’emploi comme premier outil de lutte contre la pauvreté, de recul de la précarité et de l’exclusion. Sur l’éducation et la compétitivité comme arme capitale de l’insertion de notre pays dans l’économie globale gage de prospérité. Sur l’attractivité économique de notre pays. Sur l’accès à la santé de qualité pour tous comme facteur de croissance. Sur l’accès à la pleine propriété et au logement pour rétablir les Gabonais dans leur dignité et reconstruire le lien de confiance rompu avec eux. Sur la culture de la valeur travail comme fondement de la méritocratie. Sur la question de la Justice, de la Légalité et de l’Egalite de tous devant le service public au profit de tous, toujours attendu dans notre pays ».

Des institutions et une économie malades…

Et lorsqu’il pérore sur le dialogue au sein d’un Conseil national de la démocratie, somme toute moribond, pour attester de la fiabilité des institutions, c’est encore H&M qui le désavoue « sur la crédibilité des institutions dont l’affaiblissement pousse jour après jour notre pays vers le risque d’un chaos post-cathartique qui plane sur notre pays ». Sans commentaire.

En ce qui concerne notre économie, en plus du juste diagnostic qu’avait fait Raymond Ndong Sima dans son ouvrage « Quel renouveau pour le Gabon? », lors du vote de la loi des finances 2016, Alexandre Barro Chambrier, député PDG du 4e arrondissement, un des chefs de file de H&M, avait déclaré : « Nous devons en effet, aller vers la modernisation du pays et le remettre au travail. Cela nécessite le courage politique d’engager des réformes dans le sens de la démocratisation. » Débat démocratique réclamé par de nombreuses personnes, et pas des moindres, au sein de sa majorité. Il ajoutait : « Nous avons l’obligation d’une plus grande justice sociale pour mieux rassembler les intelligences et les énergies. » Puis il soulignait les attentes des populations d’une majorité. C’était les suivantes : « enraciner la rigueur dans la gestion des affaires de l’Etat ; trouver des solutions aux vraies difficultés des Gabonaises et des Gabonais, après avoir écouté attentivement toutes les forces vives de la nation, c’est la condition pour éviter l’attentisme économique et social. Accroître les revenus des ménages et créer des emplois dans le secteur privé ; par la relance des investissements à des effets bénéfiques associés, notamment sur l’emploi comme premier outil de lutte contre la pauvreté, le recul de la précarité et de l’exclusion ; soutenir les PME qui représentent 85 % des emplois des Gabonais ; mettre l’accent sur l’éducation, la formation et donc la compétitivité ; faciliter l’accès à l’eau et l’électricité pour tous ; améliorer le système de santé ; accéder à la pleine propriété ou au logement social voila autant d’attentes de nos compatriotes ». Sans compter ses nombreuses observations sur les questions macro-économiques sur la base des instruments élaborés par le Fonds monétaire international (FMI) où il avait servi pendant près d’une décennie. Et pour conclure : le député avait déclaré : « Nous pensons en notre âme et conscience que ce budget n’est pas adapté à la situation actuelle de notre pays. » Un chef de l’Etat est-il sérieux quand, au quasi-terme d’un mandat de sept ans, il vient gloser en quelques minutes sur un bilan parfaitement contredit par son camp politique ? La conclusion est que sa petite majesté est un danger et un mal à nécessairement éradiquer.

Gare aux suivistes…

Voilà ! Il est juste de mettre en garde ceux qui, ouvertement ou de manière sibylline, sont en train de pousser vers des désignations de candidature et des élections à tout prix, dans les conditions actuelles. Ils se mettent face à une responsabilité historique, sachant que durablement, ils en seront comptables. Il sera trop tard après de crier à la fraude et d’appeler des souffre-douleur à la rue pendant qu’on cache épouses et enfants en Occident. Ici, la loi du plus fort, seul, ni du plus riche, seul, ne peut prévaloir. Il est mieux, tant que des instruments légaux de contestation sur la préparation d’élections crédibles existent, de les mettre en branle, là, maintenant. Il n’y a de soumission qu’aux textes. C’est ici que se joue l’existence et le propre d’une coalition. Prenant à témoin la communauté internationale, puisqu’il le faut, sur le risque de déstabilisation vers lequel un seul homme, sa petite majesté tropicale, ABO, est en train d’entraîner tout un pays, tout un peuple. Plutôt que de pactiser avec lui sur le respect d’un calendrier constitutionnel. Il va de soi que cette communauté internationale ne saurait doigter l’opposition si le pire des cas se produisait quand toutes les voies de bon sens auraient été épuisées.

Parce que l’Etat OBO, comme l’Etat-SPM-ABO, n’a pas modifié ses paradigmes. Il y est question non pas de se maintenir avec l’assentiment des Gabonais, mais par la force, leur résignation et soumission. C’est pour cette raison que nous confirmons nos doutes sur une élection que perdrait Ali Bongo Ondimba dans les conditions actuelles. C’est du reste un niveau de risque qu’il ne faut pas prendre quels qu’en soient les contours et quoi qu’en disent les partisans d’une candidature de l’opposition ou du Front maintenant. Situation impossible en l’état actuel des choses. Dans une autre perspective, si d’aucuns pensent que l’argent et le carnet d’adresses peuvent tout régler, ceux-là qui veulent accompagner SPM-ABO, ils n’ont pas besoin de ceux qui n’ont ni carnet d’adresses, ni leur valeur cardinale, l’argent, pour confirmer publiquement leur candidature et y aller. La loi du plus fort ni du plus riche ne marche plus et ne s’imposera à personne. Elle est dépassée. Mais gare à ces suivistes ! Ils devraient, à la longue, s’interroger aussi sur la clémence d’un peuple désabusé. Car cette année est UNE où il faudra bien lire dans les espérances des Gabonais et ne pas jouer avec. C’est à bon entendeur…

 Article publié le 04 Décembre 2015

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