EDITORIAL: Comment j’ai respecté la mémoire d’AMO ?

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Desire Ename

Par: Desire Ename

Le Pr Pierre André Kombila a-t-il fini d’exprimer son propos ? L’a-t-on compris ? Ceux qui l’attaquent aussi durement ont-ils pris le temps de bien circonscrire le contexte de celui-ci ? Il cite dans son propos un article paru dans « Jeune Afrique » en 2009, de Christophe Boisbouvier, journaliste à RFI.

Ce dernier affirmait qu’André Mba Obame (AMO) état la deuxième digue de la françafrique au Gabon. Et Pierre André Kombila de se demander : « Quand on parle de digue, n’est-ce pas cela un cheval de Troie ? » Puis d’ajouter : « Nous avons été trompés deux fois, on ne nous trompera pas une troisième fois. » « Et que si l’adage dit qu’il n’y a jamais deux sans trois, au Gabon, il n’y aura pas de trois. » Il rappelle ensuite, dans la même émission, qu’il avait déjà prononcé les mêmes propos au congrès de Paris, lorsqu’il demandait aux uns et aux autres de se souvenir de l’histoire.

Petits rappels. L’émission Urban FM a reçu le Pr Kombila le 8 janvier 2016. A-t-il fallu attendre deux semaines pour ressortir ces propos ? Pour s’en indigner ? Le Pr Kombila rappelle qu’il a dit les mêmes propos lors du congrès dit de la Diaspora à Paris. C’était les 5 et 6 décembre 2014. A-t-il fallu attendre deux ans, attendre Urban FM, pour en faire une violation de la mémoire d’André Mba Obame ? Passons.

Certes, cela révulse plus d’un lorsqu’on dit « du mal » de celui qui est parti. Dans le cas d’espèce, AMO. Nous le comprenons. Et pouvons aussi en souffrir. Mais souvenons-nous aussi d’AMO autrement. Souvenons-nous de ce qu’il ne cessait de répéter à certains de ses visiteurs en privé, en petits groupes parfois, dans le salon dédié à sa défunte mère à Barcelone. Et parfois en public : « J’ai fait partie du problème, je dois faire partie de la solution. » AMO n’a pas nié le mal auquel il a contribué parce que faisant partie d’un système, d’un pouvoir honni des Gabonais. AMO n’a pas oublié feu Gregory Ngbwa Mintsa, Marc Ona Essangui, Georges Mpaga et d’autres. Le ministre de l’Intérieur a toujours reconnu ses décisions à l’endroit de Bruno Ben Moubamba. Il n’a pas oublié tant de commentaires qu’il n’aurait certainement pas dû faire lors des grandes joutes électorales. C’était le système. Le système était et est encore le problème. Mais à ce problème, il a cherché des solutions, sans ménager sa faible santé.

Lorsque Pierre André Kombila se nourrit de cette réalité du passé, dont AMO lui-même s’est nourri jusqu’à se mettre à genoux, pour demander pardon, larmoyant jusqu’à s’inonder le visage, il ne fait rien qui soit différent d’AMO en décidant de rompre avec ce passé pour mieux se projeter dans l’avenir. C’est légitime aujourd’hui, que l’on ne veuille retenir que ce qui a constitué le nouvel AMO : la victoire aux élections, sa détermination, sa force de rassemblement, sa mort héroïque. Oui, c’est légitime. Oui, c’est légitime et normal qu’on dise que cette autre mémoire doit à jamais balayer la face hideuse du passé de cet être qui nous est tous cher. Et certainement plus cher à Pierre André Kombila, de la relation exceptionnelle qu’ils ont entretenue dans le secret et au cœur de leur vie publique. De son entrée au gouvernement, AMO fut pour quelque chose, ne fût-ce qu’en jouant les bons offices. Oui, c’est légitime qu’on ne corrompe plus cette mémoire de souvenirs qui la déteindraient. Parce que c’est le fruit de la réconciliation totale entre lui et les Gabonais.

Certains veulent absolument rester dans ce passé récent. L’y confiner. Nous disons aussi NON. Parce que AMO était entier. Le faire, c’est aussi bafouer son legs. Et son legs aussi c’était le COURAGE. N’oublions jamais le 15 juin 2013. Il avait dit : « Le courage. Oui, le courage. Le courage de dire non et de faire face parce ce que, ce que l’on fait est juste. Le courage d’être seul face à tous au nom de la vérité. Le courage de faire face, non pas pour soi, mais au nom du Gabon et de son peuple. » Pierre André Kombila a pris une allusion historique puisée dans la besace de Boisbouvier, pour, à sa manière, « éclairer l’obscurité de l’avenir ». Oui, subsiste aussi une autre vérité : beaucoup de personnes en 2009 n’ont guère donné du crédit à ce que faisait AMO avant le 15 août 2009. C’est une réalité historique qui a alimenté tout le propos de Pierre André Kombila. C’est ce courage de dire ce qui était dans la conviction commune de l’époque qui est le fond du propos de Pierre André Kombila et non pas la volonté de salir AMO. Retrouvons aussi ce courage de continuer de penser, en vrai. C’est ce courage qui fait aussi le legs d’AMO. Cela se passe de cette hypocrisie qui fait pousser des cris d’orfraie.

Car les uns et les autres, ceux qui ont été les bras droits d’AMO, ceux qui l’ont tenu par la main, se sont mis avec lui côte à côte pour dire « NOUS SOMMES UN », ceux qui ont appartenu à son gouvernement de résistance, peuvent-ils, courageusement, du fond de leur être, se demander : « Qu’ai-je fait de mon passé d’AMO, voire d’AMO tout court ? » « Où l’ai-je abandonné ? » « Qu’ai-je fait de mon histoire avec AMO ? » « Qu’ai-je fait de sa lutte pour une conférence nationale souveraine ? De la mise à plat des institutions qu’il demandait jusqu’au dernier souffle ? Qu’ai-je fait de son Union nationale ? » Autant de questions qui interpellent la conscience de tous. Car nous nous souvenons aussi qu’AMO n’était pas mort que certains ourdissaient des plans… pour l’après AMO. Que de tentatives à Tunis pour constater son état, afin de conforter des convictions pour un autre cheval ! Il n’avait pas lâché son dernier souffle que des clans se forgeaient un nouvel avenir derrière un leader naturel. Comme des lieutenants d’Alexandre le Grand se déchirant pour la prépondérance devant son corps en spasme. Ici, on se préparait avec un hypothétique lider maximo qui mettrait le Gabonais à l’abri d’un hypothétique besoin. AMO vous demande le courage d’être vrai.

Au constat, si le legs d’AMO était la bataille pour une conférence nationale souveraine au cours de laquelle tout serait mis à plat, afin d’aboutir à ce qu’il avait dit ce 15 juin 2013 : « J’ai un idéal, la démocratie dans un Gabon pour tous. Une exigence, la justice dans un Etat de droit » ; cela supposant des institutions fiables, une liste électorale fiable, des élections démocratiques, c’est-à-dire à deux tours, etc., il va sans dire que Pierre André Kombila, en demandant de mettre entre parenthèses, d’abord, la désignation d’une candidature unique pour cette bataille, il s’inscrit dans l’héritage d’AMO et ses dernières volontés.

Sur le chemin d’Assise en avril 2014, AMO a dit : « Je pardonne à ceux qui m’ont mis dans cet état. » Il avait ainsi renouvelé sa vie. A Pierre André Kombila, avec qui il a eu une histoire secrète et riche pour la construction du Gabon, il a, du haut du ciel, pardonné si tant est que ses propos aient été les pires prononcés pour ternir sa mémoire. AMO concluait le chemin d’Assise, à la rencontre de saint François d’Assise par une prière qu’il empruntait à ce saint charismatique : « Là où il y a la discorde, que je mette l’unité ; là où il y a la haine, que je mette l’Amour… » Les fruits de cette prière se sont matérialisés les 28, 29 et 30 avril 2015, par la foule amassée autour de lui.

Comment j’ai poursuivi le rêve d’AMO et comment ai-je préservé sa mémoire ? Là est la bonne question.

Article publié le 24 Janvier 2016

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