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    TRIBUNE LIBRE : Lettre à l’opposition gabonaise

    Jonas Moulenda
    Jonas MOULENDA

    Par : Jonas MOULENDA

    Mesdames et Messieurs,

    Je voudrais d’abord vous rendre un hommage appuyé pour votre engagement pour le Gabon, ce bien précieux que nous avons en partage. Je salue votre nouvelle dynamique unitaire et votre esprit d’équipe, qui témoignent d’un véritable sursaut de patriotisme. J’étais persuadé que vous étiez divisés parce que vous n’aviez pas encore pris la mesure du danger auquel nous condamne le régime criminel d’Ali Bongo. « L’antilope qui n’a pas encore vu le lion a sa manière de marcher », disait mon grand-père.

    Aujourd’hui, vous incarnez l’espoir du peuple gabonais empêtré dans la misère galopante et le sous-développement criant. Telle une grue, vous devez l’attraper par le col pour le tirer de l’abîme qui s’ouvre sous ses pieds. Avant vous, ce fut la responsabilité de Pierre Mamboundou et André Mba Obame. Mais ces deux leaders charismatiques sont tombés en champ d’honneur. Prenez donc le relais pour débarrasser le Gabon d’un tyran. Celui-ci ne sait que faire du mal aux gouvernés. Mon grand-père m’enseignait que « la panthère ne salue pas la gazelle si ce n’est pour sucer son sang ».

    Mesdames et Messieurs, vous avez à faire à un monstre froid. Ne commettez pas la même erreur que vos devanciers tombés au front. N’oubliez surtout pas qu’il vous connaît très bien. Vous devez donc vous livrer à un véritable brainstorming pour élaborer rapidement les stratégies visant à le neutraliser. Cela est possible si vous mutualisez vos forces. « C’est parce qu’ils étaient unis que les petits singes avaient fini tout un régime de bananes mûres », m’expliquait mon papy, grand agriculteur de son époque.

    Dans ses plans, Ali Bongo a prévu plusieurs hypothèses lui permettant de se maintenir à la tête du pays. Il sait pertinemment que le pouvoir lui échappera, mais il n’a pas l’intention de s’y résigner. Il va jusqu’à planifier un chaos.
    Cette hypothèse consiste à attendre pour profiter d’une opportunité fortuite, avant de passer à l’action. Il est convaincu que s’il quitte le pouvoir, il payera le prix fort de ses crimes économiques et de sang. « Quand l’eau monte, les poissons mangent les fourmis. Quand l’eau baisse, les fourmis mangent les poissons », me faisait remarquer mon grand-père.

    L’élection présidentielle qu’il veut organiser en août prochain n’est que pure diversion. Il veut passer aux yeux de la communauté internationale pour un démocrate et un héros cornélien. Si vous avalisez cette mascarade, vous serez pris de court et n’aurez ni le temps ni la légitimité d’exiger l’annulation du scrutin truqué. Vous en sortirez divisés, désarmés et n’aurez pas non plus le soutien du peuple. Vous ne compterez que sur vous-mêmes. Mon pépère me prévenait : « Qui mange les dattes avec les noyaux fait confiance à son anus. »

    Ali Bongo étant prévoyant, il sait que même avec les listes électorales  établies par ses sbires, si l’opposition se mobilise, un candidat sérieux peut le battre à plate couture. C’est pourquoi il échafaude des plans sordides pour s’accrocher au pouvoir. Dans la perspective du changement dans notre pays, seule la révolution, à l’image de celle du Burkina-Faso, s’offre au peuple gabonais. Le changement tant attendu risque de ne pas venir cette fois par les urnes. « On ne tue pas la guêpe maçonne sans casser sa maison », m’enseignait mon aïeul.

    Que chacun prenne ses responsabilités. Ne donnons pas l’occasion à Ali Bongo de conforter sa dictature. Disons sa messe de requiem politique. Ne validez pas l’actuelle commission électorale et ses fameuses listes électorales truquées d’avance. Soyez logiques et en harmonie avec vous-mêmes. Empêchez le dictateur de se présenter à la prochaine élection présidentielle. Travaillez avec les patriotes et ignorez ceux qui veulent distraire les Gabonais. Au besoin, changez de tactique. Mon grand-père me faisait remarquer que « si le sol te brûle les pieds, c’est que tu ne cours pas assez vite ».

    Ali Bongo ne proposera pas un dialogue qui statuerait sur les questions électorales. Du haut de son égoïsme, le despote en perte de vitesse tente plutôt de créer un effet repoussoir au sein de l’opposition que vous constituez. C’est maintenant qu’il faut rapidement le neutraliser. Plus tard, il sera trop tard. Donnez-lui l’uppercut final. Tout ce qu’il fait ces derniers temps n’est que chant du cygne. C’est parce qu’il sent sa mort politique qu’il va chercher son salut même dans les églises, loin du carcan diabolique devenu infernal. « Quand le hérisson n’en a plus pour longtemps à vivre, il trouve qu’il fait chaud dans les buissons », m’expliquait mon papy.

    Chers combattants de la liberté, Ali Bongo n’est qu’un homme. Battons-le à son propre jeu. Ce n’est qu’un homme. Enfermons-le dans son propre piège. La victoire est possible sans faire couler le sang. Elle est possible sans les larmes des autres et sans tirer un seul coup de feu. Le fruit est mûr, il est temps de le cueillir. Après avoir relevé le défi de l’unité et affaibli l’ennemi, continuez le combat. Ne versez pas dans le triomphalisme. « Ne brandis pas dans l’air le serpent que tu as tué. Les autres serpents te guettent », me conseillait mon aïeul.

    Article publié le 29 Mars 2016

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