Crise postélectorale : Les gabonais apeurés dans l’attente de la décision de la Cour constitutionnelle

Des commerces fermés depuis le 27 Aout 2009

L’attente et l’inquiétude dominent le quotidien des gabonais en cette fin de semaine, à l’approche de l’échéance accordée à la Cour constitutionnelle qui doit statuer sur le recours intenté par le candidat consensuel de l’opposition, Jean Ping, probablement vainqueur de l’élection présidentielle du 27 août dernier, qui conteste la victoire d’Ali Bongo dont le camp assure qu’il a remporté le dernier scrutin présidentiel.
Alors que, depuis deux semaines, Libreville a retrouvé une activité à peu près normale, même si certains commerces restent toujours fermés et que des dispositifs particuliers des forces de sécurité et de défense sont visibles partout dans la ville, les gabonais vivent une crise d’angoisse. Chacun retient son souffle avant la journée fatidique du 23 septembre prochain, date butoir pour la proclamation, par la Cour constitutionnelle, des résultats définitifs de la récente élection présidentielle.

Un gabonais exprimant sa colère après l'annonce des résultats des élections
Un gabonais exprimant sa colère après l’annonce des résultats des élections
« La semaine qui s’annonce, c’est chaud ! « , assure Anatole, venu dans une supérette faire quelques emplettes – sac de riz, sardines en boîte, etc. – « au cas où ». Comme nombre de ses compatriotes, il craint que des troubles n’éclatent dès la publication des résultats, comme ce fut le cas le 31 août dernier à l’annonce officielle des résultats par le ministre de l’Intérieur, Pacôme Moubelet-Boubéya.
La contestation de la victoire d’Ali Bongo par l’opposition et par la plus grande partie du peuple gabonais a entraîné une flambée de violences meurtrières, notamment à Libreville, où l’Assemblée nationale a été incendiée et la prise d’assaut de la Maison de la Radio et de la Télévision a échoué. Dans ce contexte politique et social tendu, de nombreux commerçants, victimes de pillages et d’édifices brulés, ont restreint leurs étalages. De même, plusieurs chefs d’entreprise ont décidé du gel de leurs activités, car ils redoutent un scénario similaire dans les prochains jours. Les photos des centaines de blessés et celles des corps mutilés et meurtris qui circulent ici et là, malgré la restriction d’internet, ne peuvent pas apaiser les cœurs.

Le président de la Cour constitutionnelle, Marie-Madeleine Mborantsuo, pourrait mettre le feu aux poudres si elle persiste dans la non-lecture du droit, comme elle le fait si bien depuis l’élection présidentielle de 1993. Une situation qui pourrait ouvrir la voie à une instabilité permanente du pays, si les membres de la Cour constitutionnelle n’y prennent pas garde. Actuellement, dans une ambiance délétère, caractérisée notamment par des chasses aux sorcières, alors que l’identité du « candidat élu version Cour constitutionnelle » n’est pas encore connue, les tensions s’enveniment et la société se divise. Ces tensions et ces divisions touchent profondément la population, menaçant ainsi la paix de la nation gabonaise. Va-t-on vers une guerre civile ? Affaire à suivre !

Aria Satrck

publié le 19 Septembre 2016