Incendie de l’Assemblée nationale : L’expression de la colère du Peuple gabonais

violences post électorales

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Un peu plus de deux semaines après, les Gabonais continuent de ressasser la date du mercredi 31 août 2016, une date à jamais gravée dans la mémoire de ces derniers. Aussi bien dans les milieux populaires que dans les salons feutrés de Libreville et de l’intérieur du pays, le sujet continue d’alimenter les conversations. « Ce jour-là, les Gabonais ont exprimé leur colère à la face du monde entier », entend-t-on dire ça et là. En effet, c’est en fin d’après-midi de cette journée mémorable qu’a eu lieu l’incendie de l’Assemblée nationale. Un acte consécutif à l’annonce, par le ministre de l’Intérieur, Pacôme Moubelet-Boubeyat, de la réélection de Bongo Ondimba Ali, alias BOA. La traduction en actes concrets, du rejet par le peuple gabonais du despote président faussaire, qui, en sept ans de mandat obtenu grâce à son coup d’Etat électoral du 3 septembre 2009, a fait reculer le pays de quarante ans pratiquement. « Nous avons décidé d’incendier l’Assemblée nationale, ou encore le palais Léon Mba, parce que toutes les décisions qui y sont prises ne sont pas en faveur du peuple mais plutôt contre le peuple. Or, le palais de l’Assemblée nationale est censé être la maison du peuple, du fait que les députés qui y siègent sont élus au suffrage universel direct, mais ne prennent aucune loi ni texte allant dans le sens de l’intérêt du peuple », scandaient les manifestants en colère devant le bâtiment en flamme.

assemblee_757782932L’EXPRESSION DU RAS-LE-BOL DU PEUPLE. C’est à peine trente minutes après l’annonce officielle de la réélection de BOA que des dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans la rue. Une marche de protestation contre ce nouveau coup d’Etat électoral devait partir du quartier général de campagne de Jean Ping, sis au quartier Charbonnages, premier arrondissement de Libreville, en direction de la Cénap. Cette marche, dirigée par le directoire de campagne de l’ancien président de la Commission de l’Union africaine, UA, a été stoppée à quelques mètres de l’échangeur du quartier susnommé. Là, s’est engagé un bras de fer entre la foule de manifestants et les forces de l’ordre postées plusieurs heures avant dans la plupart des artères de la capitale gabonaise. L’un des axes principaux, le front de mer de Libreville, était coupé au niveau de la Présidence de la République. Devant la détermination des manifestants dont le nombre grandissait au fil des minutes du fait de l’arrivée massive des patriotes des quartiers de Libreville et ses environs, les forces de l’ordre ont fini par reculer. Les jets de gaz lacrymogènes, les coups de crosses d’armes de guerre et autres tirs parfois à balles réelles, n’ont pas pu venir à bout de la volonté farouche des Gabonais à ne pas cautionner le vol de leur vote, une fois de plus. Les leaders que sont René Ndemezo’Obiang, Michel Menga m’Essone, Hughes Alexandre Barro Chambrier, Thierry d’Argendieu Kombila, Me Fabien Méré, Mike Jocktane, etc., qui affichaient leur détermination à balayer tous les obstacles sur leur route, ont échappé aux balles et gaz lacrymogènes. Toutes les personnes blessées étaient emmenées hors du « champ de bataille ». Certains patriotes refusaient de se replier quoique grièvement blessés. Cas de ce jeune homme sur qui a roulé un fourgon de la police : « Je suis venu me battre pour sauver mon pays. Je ne reculerai pas ! », criait-il.

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La détermination du peuple était telle que les militaires ont fini par prendre la fuite, ouvrant la voie au peuple qui s’est alors ébranlé dans une marche non plus en direction de la Cénap, mais en direction, cette fois, des sièges de l’Assemblée nationale et de la RTG, sis sur le boulevard triomphal. Parallèlement à cette marche, certains quartiers, à l’instar de Nkembo, dans le deuxième arrondissement de Libreville, étaient déjà en ébullition. Une série d’émeutes, presque simultanées, ont donné du fil à retordre aux forces de l’ordre incapables de réagir conséquemment.

Arrivés à l’Assemblée nationale, les premiers manifestants ont pénétré dans l’enceinte du palais Léon Mba en escaladant la barrière. Puis, munis d’un engin, ils ont démoli le portail d’entrée, ouvrant ainsi un large boulevard aux nombreux mécontents qui ont incendié véhicules, matériels de bureaux, mobiliers, etc. De loin, on apercevait un panache rouge et noir s’échappant de la toiture du palais. Quelques souvenirs ont été emportés par les badauds. Jusqu’à une heure avancée de la nuit, l’Assemblée nationale était la proie des flammes. Pour repousser la foule qui, après le palais Léon Mba, avait déjà pénétré dans l’enceinte de la RTG, les forces de l’ordre de troisième catégorie, dépêchées sur les lieux, ont alors ouvert le feu à l’arme lourde. Plusieurs jeunes compatriotes sont ainsi tombés sur le champ de bataille. Les affrontements entre forces de l’ordre et manifestants se sont poursuivis durant la nuit dans plusieurs quartiers de la capitale gabonaise. De nombreux magasins et autres bâtiments appartenant à la famille Bongo et ses proches ont été vandalisés puis brulés par des désœuvrés qui pullulent dans la capitale. Les locaux du quotidien gouvernemental L’Union n’ont pas échappé à la furie d’un électorat victime, une fois de plus, d’un hold-up électoral : de nombreux lecteurs ont été sevrés du premier quotidien national pendant près de deux semaines.
Déployés dans les rues de Libreville, les escadrons de la mort ont froidement assassiné de paisibles citoyens.

ESSANDONE BIMEMI

publié le 15 Septembre 2016