Crise économique : La misère au menu des Gabonais

detournement_des_pensions_au_tresor_publicPoser à un gabonais la question sur la santé sociopolitique aujourd’hui le laisserait perplexe. Ceci est dû à la situation inhumaine et intolérable que vit le peuple gabonais. L’espoir de changement que les gabonais avaient avant le coup de force de 2009 est devenu depuis un rêve irréalisable car la misère a atteint sa vitesse de croisière et cela a comme conséquence: le chômage, la pauvreté accentuée, la naissance du phénomène des crimes dits « rituels », l’impraticabilité des routes, l’absence d’une politique de transport viable, le manque d’eau potable et la propagation du système de délestage sur toute l’étendue du territoire national. Bref, l’absence totale d’une politique sociale capable de satisfaire aux attentes des gabonais.

« Les dirigeants doivent savoir que dans une démocratie, le peuple conserve le droit de révolte contre l’autorité politique lorsque celle-ci ne respecte pas le contrat de confiance et viole ses droits », dixit John Locke dans « Essai sur le gouvernement civil ».
Don béni de Dieu, la République gabonaise ne devrait pas connaître la misère. Tout lui a été donné pour être prospère et autosuffisant. Le Gabon est doté d’immenses forêts capables de protéger l’humanité contre les effets du réchauffement climatique, dispose de l’énergie hydroélectrique susceptible d’éclairer toute l’Afrique centrale, et des eaux en mesure d’étancher la soif des centaines de millions de personnes dans le monde. Au Gabon, on trouve aussi des terres fertiles aptes à nourrir les enfants affamés. Cet eldorado, qui a tout pour être la terre promise en Afrique et au monde, est en réalité un nain, politiquement et économiquement. Malgré ses richesses « potentielles », le Gabon, avec son positionnement stratégique, ne parvient pas à peser lourd sur le plan géopolitique et stratégique tant à l’échiquier africain que mondial. Un paradoxe difficile à expliquer mais très facile à comprendre. La situation sociale des gabonais, assis sur l’or, ne fait que se détériorer au point que le Gabon a toujours la main tendue vers l’extérieur pour quémander de l’aide aux pays plus pauvres. Et pourtant, dans la plupart des pays de tradition minière, l’exploitation des ressources naturelles contribue au développement de l’économie nationale et non à l’hégémonie d’une famille, à l’accroissement du PIB, à la construction des infrastructures, à l’amélioration du bien-être de la population et à la réduction de la pauvreté.

Tiens ! la pauvreté, parlons-en ! A qui la faute ? Depuis son accession à la souveraineté internationale, le Gabon manque encore de dirigeants ambitieux et capables de faire rêver leurs populations à un pays prospère. Tous les responsables qui se sont succédé, même de façon dynastique, n’ont jamais réussi à transformer l’ensemble des richesses « potentielles » en richesses « réelles » au bénéfice du peuple gabonais. Dans le cas du Gabon, la « politique du ventre » est la caractéristique principale de ses dirigeants qui exercent une fonction politique pour en tirer des avantages personnels. Dans une société dite « démocratique », les concepts de bonne gouvernance, de transparence, etc. sont des principes élémentaires et d’usage courant. Ils font appel à l’orthodoxie dans la gestion des finances publiques et à l’obligation de rendre compte.

Il n’est plus un mystère que pour apprécier le bien-être dans une société, les économistes recourent aussi à la notion de pauvreté. Qu’elle frappe une communauté globalement prospère ou pas, la pauvreté est un fléau qu’il faut combattre et éradiquer car elle menace les aspects les plus essentiels à la vie humaine : valeurs morales et dignité humaine. Plus de cinq décennies après avoir accédé à l’indépendance, le Gabon croupit dans une pauvreté à concourir dans le livre des records Guinness. Il sied de s’interroger sur la persistance de cette réalité qu’est la pauvreté dans un pays immensément riche comme le Gabon, qui possède d’énormes gisements renfermant des minerais. Qu’est-ce que la pauvreté ? Il n’existe pas de définition unique de la pauvreté. Au Gabon, la pauvreté est le fait d’une gouvernance approximative mise en place pour la soumission des populations aux oligarchies. On aura beau ajusté, multiplié les projets d’investissement, la réalité est là, toute cruelle.

Depuis 2009, les gabonais sont privés d’une part, des conditions sociales acceptables, et d’autre part, victimes des traumatismes dus aux catastrophes morales imputables à la négligence, l’incurie, l’incompétence d’un gouvernement totalement irresponsable et sourd aux souffrances des populations. Cette situation de précarité n’est plus un mythe. Pour s’en persuader, il suffit de voir l’incapacité de la majorité des gabonais à satisfaire les besoins alimentaires (l’agriculture est plongée dans « un coma dépassé »), de santé (absence remarquable des médicaments dans les hôpitaux), à accéder à la scolarisation (écoles, lycées et universités datent de l’antiquité), à se loger décemment (5.000 logements par an toujours attendus depuis 2009), etc. Toutes ces facettes de la pauvreté sont observables aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural.

Depuis bientôt sept ans, le slogan « Gabon émergent » constitue la descente aux enfers du pays cher au Président Léon Mba. Sous le régime d’Ali Bongo Ondimba, le pays n’a connu qu’inflation, augmentation de la dette publique, mais également instauration de la corruption qui a pris des proportions inquiétantes aujourd’hui, et ce dans tous les secteurs de l’économie nationale.
Durant le septennat écoulé, l’Etat a brillé dans l’irrationalité. Ce qui a conduit à un gaspillage des ressources et à l’affectation de celles-ci à des fins politiques. Dans des conditions de gestion aveugle et un environnement des affaires délétère, le Gabon poursuit sa course dans l’instabilité politique, économique, financière et sociale.

Considéré comme un véritable eldorado en Afrique centrale jusqu’à un passé récent, le Gabon est victime des richesses de son sous-sol. C’est un pays riche mais dont les habitants sont majoritairement pauvres.

Attendons voir ce que l’année 2017 réservera aux Gabonais.

Ledivin

publié le 21 Novembre 2016